Témoignage d'un relecteur...

10:49 Iris d'Automne 0 Comments

Aujourd'hui je laisse la main à l'Agent L qui nous parle de son expérience de la relecture, de quoi compléter ce que j'ai écrit à ce propos en vous donnant un point de vue complémentaire. Je précise que je n'ai pas ajouté de compliment ni soustrait de critique, c'est du vrai témoignage pur et authentique !


Moi, Lionel, Agent L., SeigneurAo, relecteur protéiforme


Je ne revendique pour l’instant qu’une expérience relativement courte en tant que relecteur, ayant été retenu par de petits ennuis de santé, mais à ce jour je peux d’ores et déjà en dire qu’elle est extrêmement enrichissante, tant au niveau personnel que “professionnel”.

J’entends par là que nous y gagnons humainement, via le contact avec la communauté et, plus ou moins directement, avec l’équipe. Mais aussi que les qualités et compétences mises en œuvre et cultivées sont indubitablement des atouts dans le milieu professionnel.

Je suis venu vers cette activité suite à un appel lancé sur les forums officiels. Par goût pour la langue, par attrait pour le jeu évidemment, pour jeter un œil curieux dans les coulisses, pour découvrir des contenus inédits en avance… Quoi, vous allez prétendre ne pas y avoir pensé ? Il faut bien des compensations !


Le bon relecteur



Une personne avec : du temps libre (ou l’envie d’en dégager), une connaissance solide du monde d’Esteren et une maîtrise confortable de la langue française.

Sont indubitablement des atouts : un relationnel aisé, une bonne communication et de la rigueur. Autant d’éléments qui ne manqueront pas de vous servir dans le monde professionnel, quel que soit votre métier.

D’un point de vue purement technique, les impératifs sont peu nombreux : un ordinateur, un accès Internet, une adresse e-mail et un logiciel de traitement de texte.

L’évolution et la rationalisation amènent l’utilisation progressive de Redmine (outil en ligne par le biais d’un navigateur) pour la gestion de projet, ainsi qu’Iris l’expose dans son tout récent post, mais la transition se fait en douceur. Le gain est évident dans la centralisation, la standardisation du planning et le découpage des travaux. Incidemment, il sera prochainement possible d’estimer le temps total nécessaire à l’élaboration de chaque document, pour chaque poste (de l’écriture à la maquette, en passant par les illustrations et relectures). Des données précieuses.



Source : http://commons.m.wikimedia.org/wiki/File:Example_of_copyedited_manuscript.jpg

Les intervenants


Iris reste notre (éminemment multi-casquettes) supérieure, contremaîtresse, bourreau, médiatrice, coordinatrice et donc interlocutrice privilégiée (j’en oublie) et bien-aimée, mais nous sommes également ponctuellement en lien direct ou indirect (par son entremise) avec les auteurs, lorsqu’elle n’a pas elle-même écrit les textes que nous inspectons.

Les affinités littéraires étant ce qu’elles sont, il arrive que nous nous retrouvions en porte-à-faux, pris entre notre sensibilité propre et l’intention de l’auteur. Dès lors, si les efforts d’objectivité ne suffisent plus, le chef doit trancher. Soit en usant de son autorité suprême, soit en remettant dans la boucle le rédacteur originel. C’est source de problèmes non négligeables : tension éventuelle si la personne ne comprend pas les remarques ou les accepte mal, ce qui est parfaitement légitime pour un document sur lequel elle a cravaché des dizaines d’heures ; délais inhérents à l’échange d’e-mails si les allers-retours se prolongent pour clarifier la volonté du contributeur. L’arbitrage peut s’avérer délicat, il faut ménager l’amour-propre et les forces vives d’individus qui continuent à travailler bénévolement (relecteurs) ou quasi (auteurs).


Figure incontournable, l’ombre de Nelyhann plane évidemment sur notre activité : il valide les écrits avant que ces derniers ne passent en cycles de relectures fond/forme (cf. paragraphe suivant). Par conséquent, de son aval découlent parfois des creux et pics d’activité, qu’il appartient à Iris de lisser afin d’utiliser au mieux le temps disponible de chacun. Et d’anticiper, en bouclant soigneusement les chantiers en cours avant que les suivants ne déboulent.

Une fois encore, organisation, optimisation et rationalisation sont les maîtres mots.



Les tâches

Nous consacrons une proportion non-négligeable de notre temps à… suspens… relire des textes. Ce que l’on attend de nous est toutefois à géométrie variable : des remarques sur le fond (cohérence au sein de la gamme, suggestions concernant le rythme, la lisibilité) jusqu’aux inévitables reprises de coquilles, fautes diverses d’inattention et de forme quelles qu’elles soient. Le relecteur peut devenir, s’il s’en estime capable et si on le sollicite en ce sens, force de proposition, créant une dynamique positive au sein de l’équipe formée par ses confrères et, plus largement -même si plus rarement- parmi les contributeurs historiques.

Je vous vois venir, il s’y croit déjà. La célébrité, bitch !



Je parlais plus haut d’objectivité, en cela que lors des relectures “de forme”, nous devons porter un regard le moins analytique possible sur le contenu : seules comptent les erreurs formelles susceptibles de gêner la lecture ou la compréhension. Les modifications “de fond” sont idéalement effectuées plus en amont, et validées par le coordinateur de la gamme (Nel pour ne pas le nommer). Elles doivent donc être regroupées, cloisonnées, voire filtrées, tout cela devant intervenir le plus tôt possible et se produire de façon extrêmement exceptionnelle par la suite. Parce que cela déclenche de nouvelles relectures de forme, et parce que le goulot d’étranglement reste la ressource la plus limitée du projet : le temps libre de Nel, qu’il doit diviser entre quasiment toutes les facettes d’Esteren. Il appartient donc à son bras droit de le solliciter de manière réfléchie, parcimonieuse et pertinente.


Nous échoit également, l’établissement de normes en bonne intelligence avec Iris, notre propre petite popote interne en somme. Clarifier des règles d’écriture, énoncer des conventions sur la capitalisation (non ce n’est pas un gros mot du CAC40, mais le bon usage des majuscules), inventer des constantes spécifiques à l’univers (car bon sang, à la fin, doit-on dire ionnthén ou ionnthèn ?), tout cela donne lieu à moultes pratiques contre nature sur des diptères, à grand renfort d’échanges d’e-mails passionnés à 2h du mat’.

Envoi

Ne craignez pas, toutefois, que l’ennui guette. Que nenni. Il arrivera toujours ce moment de grâce où, enfouie sous une pile de textes en attente d’apparence banale, se cache une petite nouvelle de derrière les fagots, un joyau parfois un peu brut que l’on se flatte de polir amoureusement, le débarrasser de toutes les impuretés et défauts pour le révéler à sa propre beauté, avant que de le livrer, étincelant et éblouissant, à la face du monde qui s’esbaudit devant tant de maestria. Et alors, qu’importent les heures de notre belle jeunesse consacrées à l’ouvrage, les dizaines de pages, effarantes au premier abord et qui, devant le résultat final, s’effacent pour ne laisser place qu’à la satisfaction du travail bien fait.



Sauf lorsque l’on reçoit le bouquin imprimé et qu’à la stupéfaction et l’horreur générales, une coquille a échappé à cinq paires d’yeux acérés. Mais ceci est une autre histoire.

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