La maison hantée - nouvelle (3/15)

21:00 Iris d'Automne 0 Comments

Pour fêter la saison sombre, chaque semaine, nous vous proposons un nouvel épisode de la nouvelle "La maison hantée" par Nico du dème de Naxos.

Si vous êtes friand d'histoires horrifiques, vous pouvez également lire sur ce blog la nouvelle d'Iris "Une raison d'agir", parue dans le recueil Hantises ou découvrir les suppléments des Ombres d'Esteren explorant les thèmes du fantastique, dans fantômes et des phénomènes étranges : le Manuel de la Lune noire et Occultisme.

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Partie 3


En milieu d’après-midi, j’atteignis l’auberge où j’avais parlé avec Nolan Mac Grym la veille au soir. Je ne vis nulle trace de sa présence dans la salle principale de l’établissement. À l’exception de quelques paysans venus boire une bière pour se désaltérer, j’étais le seul client attablé. Je commandai une pinte de cervoise et bus à petites gorgées pour faire passer le temps. Alors qu’un peu de fraîcheur se mettait à annoncer la venue du soir, Lélyandra arriva enfin.

Mon assistante était vêtue d’une grande cape de voyage vert foncé, d’un pantalon de monte en tissu épais renforcé de protections de cuir aux cuisses et aux mollets et d’un chemisier blanc légèrement visible sous les pans flottant de sa cape. Les cheveux en bataille, elle arborait un sourire satisfait et vint à ma rencontre en pressant le pas.

« Maître Ysvan ! J’ai trouvé ce que vous m’avez demandé. Ça n’a pas été simple…

- Allons Lélyandra, asseyez-vous. Prenez le temps de souffler un instant et de boire un verre. Vous me raconterez ensuite les résultats de votre course. »

Mon assistante s’assit ou plutôt se laissa choir lourdement sur le tabouret situé le plus près de moi. Je hélai aussitôt l’aubergiste et lui commandai une bière qu’il vint apporter quelques instants plus tard, visiblement réjoui d’avoir un nouveau client pour le souper et la nuit.

Lélyandra but d’un trait et reprit son récit là où elle l’avait arrêté.

« Cet archiviste était un vieux grincheux. Il m’a grondée gentiment dès que je lui ai transmis votre demande. Il a dû me prendre pour une simple d’esprit, toujours est-il qu’il m’a regardée avec des yeux écarquillés et qu’il a articulé chacun des mots de son sermon avec une lenteur exaspérante. J’ai bien cru que j’allais m’endormir avant la fin. Bref, j’ai bien compris qu’il n’y avait qu’une seule chose susceptible de le faire changer rapidement d’avis. J’ai défait ma cordelette à daols et lui ai tendu un daol de givre. La vue d’un tiers de son salaire mensuel lui a fait recouvrer ses esprits en quelques instants.

Le bonhomme s’est presque excusé en me menant au sous-sol du bâtiment, où les livres qui nous intéressaient étaient rangés. Comme je voyais qu’il lorgnait par-dessus mon épaule pour tenter de voir ce que j’essayais de trouver dans la pile des chroniques des Mac Grym que j’avais entassée sur la table à côté de moi, je lui ai fait comprendre, moyennant un daol d’azur que j’avais besoin d’un peu de tranquillité pour me concentrer. Il me fit une sorte de grimace bizarre et s’éloigna en maugréant qu’il était de son devoir de veiller à ce que les livres ne soient pas endommagés, qu’il risquait un blâme si jamais la moindre page était cornée, et j’en passe... Alors qu’il était clair que ces livres, dont je tapais chaque couverture pour en chasser la poussière, ne devait être consulté, au mieux, qu’une fois par décennie.

Comme l’attitude du bonhomme me déplaisait, je continuais à garder un œil dans le dos tout en parcourant les pages lassantes de ces chroniques rédigées par un barde tout juste médiocre. Néanmoins, j’ai fini, après quelques heures d’un feuilletage insipide, par trouver la mention de l’évènement tragique que nous recherchions. »

Mes yeux venaient de s’éclairer soudainement. Lélyandra arborait un sourire satisfait tandis qu’elle marquait une pause dans son récit. Elle reprit après quelques instants pendant lesquels elle n’avait pas su s’empêcher de rire, contente de son effet.

« Il semble que ce soit la mort d’un enfant qui soit à l’origine de tout. Le fils du baron Mac Grym, Yraël, avait été retrouvé mort au bas du grand escalier qui menait du grand hall au premier étage. Il n’était âgé que de sept ans. Sa mère était bouleversée, sa sœur prostrée et son père dans une colère sombre. Lorsque la tragédie s’est produite, des parents - le frère cadet du baron et son épouse - étaient en visite à Kaer Skarden, ainsi que des amis de la famille, parmi lesquels se trouvait un médecin. Lorsque ce dernier a examiné le corps de l’enfant, il s’est montré formel en prétendant que quelqu’un l’avait délibérément poussé du haut de l’escalier. De plus, il est parvenu à démontrer que le garçon avait été drogué au préalable afin d’émousser ses réflexes.

Les déclarations du médecin ont jeté un trouble immense dans la demeure des Mac Grym. Elior, le baron, s’est emporté contre la femme de son frère, l’accusant d’avoir assassiné son fils. Un des domestiques a prétendu quant à lui avoir aperçu la baronne dans la cuisine, la veille, tard dans la nuit. Son témoignage lui a valu de recevoir cinq coups de fouet et d’être remercié aussi sec. Un des amis de la famille a évoqué des bruits de pas légers en pleine nuit sur le tapis du couloir principal du premier étage, celui qui dessert les différentes chambres. Un autre a prétendu avoir entendu comme une sorte de petit gloussement bizarre.

Ce climat de suspicion s’est prolongé plusieurs jours. Le baron avait interdit à quiconque de quitter les lieux tant que la lumière n’aurait pas été faite sur ce qu’il était maintenant convenu d’appeler le meurtre de son fils. La petite Edra, la sœur d’Yraël, qui n’avait que cinq ans, s’est montrée prévenante avec toutes les personnes présentes, tentant de préserver un calme relatif. Mais la mort du médecin, trois jours seulement après l’assassinat d’Yraël, a immédiatement ravivé les tensions.

Il gisait de tout son long dans sa chambre, dont la porte était close. Il ne portait aucune marque de blessure apparente, et la cause de sa mort était difficile à identifier. Dans l’intervalle, le baron avait fait appel au demorthèn local qui avait procédé à l’inhumation de son fils dans le caveau familial, selon les rites en vigueur. Le demorthèn, versé dans la science des plantes, avait examiné le corps du médecin et exprimé la possibilité qu’il ait pu être empoisonné. Mais il n’en était pas certain. Le décès aurait pu également résulter d’ une subite faiblesse du cœur.

Les invités du baron avaient grande hâte de quitter les lieux, mais Elior avait fait garder et barricader toutes les issues, de sorte que personne ne pouvait se soustraire à l’hospitalité forcée qui lui était prodiguée. Des heurts violents se produisirent et chacun se mit à accuser l’autre.

Les choses ne s’arrangèrent pas au fil des jours et il se trouva que la belle-sœur du baron fut victime d’une tentative d’empoisonnement qui la laissa plusieurs jours dans l’inconscience. Le baron et son frère en vinrent aux mains et il fallut l’intervention de la petite Edra pour que le conflit s’achève. Néanmoins, quelques jours après, ce fut au tour de la femme d’Elior d’être empoisonnée et de mourir dans d’atroces souffrances.

C’en était trop pour Elior qui, invoquant une ancienne loi d’ordalie, défia son frère et le tua lors d’un duel à la hache. Cela parut calmer un temps le baron. Mais pas assez pour que le demorthèn obtint qu’il laissât partir ses hôtes.

Il se passa une dizaine de jours sans qu’aucun nouvel empoisonnement ne survienne, ce qui acheva de convaincre Elior que le meurtrier était bien son frère. Il indiqua à ses invités qu’il n’y avait plus lieu de les garder captifs, et tous s’empressèrent de partir. On aurait pu penser que tout était bel et bien fini si le rédacteur même des chroniques, le barde Aedan Duscàn, n’avait commencé à se sentir mal peu après. Il relate une période pénible, pendant laquelle il a l’impression d’entendre des bruits de pas et des gloussements pendant la nuit, se sent épié et menacé. Bientôt, il se sent fiévreux, fait des cauchemars horribles dans lequel il entend la défunte baronne l’appeler à l’aide. Cette partie des chroniques s’achève ainsi et je crains qu’Aedan ne soit décédé peu après avoir écrit ces dernières pages… »

Je regardais fixement les poutres du plafond, muet comme une tombe.




Moon_clouds par Prateek Karandikar_Wikimedia Commons

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