Mécènes et Bestiaire : Caemgen de Fionnfuar

08:58 Iris d'Automne 0 Comments

La préparation des contenus des ouvrages, en particulier du placement des mécènes (des souscripteurs de haut rang avec qui nous travaillons sur un personnage), se fait en plusieurs étapes. Il s'agit dans un premier temps de faire le point avec le mécène sur ses vœux, puis de trouver la meilleure manière de placer la figure dans un ouvrage. Ensuite, j'essaie de tisser des liens, plus ou moins appuyés, des clins d’œil d'un livre à l'autre.

Voici une illustration de ce cheminement avec Caemgen de Fionnfuar, un vecteur qui s'est aventuré jusque dans les terres de Dèas pour y prêcher la bonne parole. Trouver sa place dans une société clanique aussi rude n'est pas évident et nécessite de sa part un grand sens politique et des relations humaines plus généralement. Son optimisme, sa persévérance et son habileté lui ont permis de devenir un médiateur reconnu et apprécié pour sa neutralité - du moins en ce qu'il ne défend les intérêts d'aucun clan en particulier.

J'avais envisagé de le faire paraître brièvement dans le bestiaire en tant qu'auteur d'une lettre reçue par l'un des narrateurs principaux que je mets en scène. Ainsi on aurait un premier contact avec la figure avant de la voir véritablement à l’œuvre.

Un vecteur en voyage













Une lettre venant des terres de Dèas


Lettre du vecteur Caemgen de Fionnfuar, affecté aux Terres de Dèas



Chère Annëth,

J’ai bien reçu ta gentille lettre demandant de mes nouvelles. Comme tu peux le constater, les Osags des Terres de Dèas n’ont pas jugé bon de me renvoyer en Gwidre. Pourtant, ce ne fut pas évident de gagner leur confiance ! Tout n’est assurément pas simple ici et les rapports de force sont monnaie courante. J’ai rencontré des gens extraordinaires et une culture très riche. J’espère pouvoir accomplir ma mission au mieux.

En attendant, connaissant ta grande curiosité pour les légendes, je pense avoir trouvé une histoire qui pourrait te plaire. Elle concerne le peuple tarish. Comme tu le sais, il est réputé avoir accosté il y a environ mille ans à la pointe de Hòb. Depuis, leurs descendants ne cessent d’errer dans la péninsule de Tri-Kazel comme s’ils cherchaient (ou fuyaient ?) quelque chose.

Le hasard a voulu que j’apprenne une information étonnante à ce propos d’une source que j’estime fiable. L’homme est un pilote d’Iolach, un marin remarquable et audacieux. Il est sans doute l’un des meilleurs connaisseurs des récifs et des îlots de l’extrême sud-ouest. Son travail est de monter à bord des navires voulant franchir le cap, pour les aider à le passer en sûreté. De mauvaises langues prétendent que son talent lui viendrait d’une rencontre avec « Dame Crocs de mouette », la dréine-croquemitaine des environs. On dit d’elle qu’elle hante les profondeurs et cause des naufrages, mais aussi qu’elle épargne certains élus.

D’après ce pilote, le site du naufrage des Tarishs est un îlot des Épavières. On y trouverait suffisamment de ressources pour survivre : coquillages, œufs d’oiseaux de mer, étangs d’eau douce remplis par la pluie, phoques sur l’une des petites plages… Bien sûr, il ne reste rien des navires en surface : depuis un millénaire, les coques et les mats se sont désagrégés. En revanche, on trouverait des traces dans le sable humide. Je lui ai demandé s’il était certain que ces vestiges n’étaient pas tout simplement le fait de naufrages tri-kazéliens. Il m’a alors expliqué qu’il y a un cimetière sur cette île. Le nombre de tombes encore discernable était considérable. Pour qu’il y en ait autant, il aurait fallu que des dizaines de personnes vinssent y inhumer leurs proches pendant une longue période. Comme ces tombes ne sont pas d’un style osag, il a pensé qu’il s’agissait peut-être de l’île par laquelle les Tarishs étaient arrivés. Ils y seraient revenus déposer leurs morts.

Mais cette pratique aurait cessé quand Dame Crocs de mouette est apparue. On m’a dit que la dréine nourrissait une haine toute particulière à l’égard des Tarishs, même si l’on ignore pourquoi. Les récits décrivant sa sauvagerie envers ces malheureux font état de naufrages sanglants et de corps s’échouant par morceaux sur les plages. J’ignore si cet aspect de l’histoire est véridique : personne n’a pu me parler d’un exemple précis où une attaque aurait eu lieu contre des Tarishs. Malgré cela, ces voyageurs sont interdits de bord sur les navires qui croisent le cap des Adieux.

D’où provient cette inimitié particulière d’un monstre pour un peuple qui est certes marginal, mais n’a, à ma connaissance, pas grand-chose à se reprocher ? J’ai bien entendu des histoires à Ard-Amrach et à Expiation, selon lesquelles les Tarishs seraient souvent sorciers, lançant des malédictions à qui leur déplairait, mais j’ai tendance à penser qu’il ne s’agit là que de racontars, exprimant avant tout la peur de l’autre. Tu n’imaginerais pas le nombre d’histoires effrayantes qu’on m’a contées sur les Osags avant mon affectation : bien peu sont vraies.

À l’avenir, je te promets de t’écrire plus régulièrement. Mieux même : pour compenser le délai que j’ai mis à te répondre, je t’écrirai avant de rédiger les rapports que l’ordre me demande. Ainsi tu auras l’assurance d’avoir des nouvelles fraîches des venteuses Terres de Dèas,

Bien à toi,

Caemgen



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