Vous voulez proposer des canevas ou des scénarios (6) : Persévérance

1/24/2018 11:21:00 AM Iris d'Automne 0 Comments

Dans les semaines et mois précédents, j'ai commencé ici une série d'articles consacrés à la création de scénarios et canevas, avec essentiellement la gamme des Ombres d'Esteren à l'esprit. Aujourd'hui je m'attarde sur le sujet de la persévérance.

La durée des projets


Pour commencer, quelques dates :

- Les débuts du projet Esteren datent de 2006, le Livre 1 - Univers est sort en septembre 2010.
- La première version d'Occultisme date de la seconde moitié 2012, puis le texte a reposé, été relu, et finalement repris et augmenté durant l'été 2014 pour atteindre sa forme actuelle.
- Les premières ébauches du bestiaire "Beautés mortelles" datent de 2014 et une première version du texte avait été arrêtée fin 2015. Aujourd'hui je suis engagée dans une reprise et des développements pour l'ensemble "WILD" qui représente trois livres autonomes, mais se faisant écho dans leurs thématiques. Quand l'ensemble "fini" sortira-t-il?

Chaque livre a son histoire, et elle s'étend souvent sur plusieurs années entre les premières notes au brouillon et la livraison finale.

Il existe des contre-exemple connaissant un cycle exceptionnellement courts. Ainsi Lune noire a été intégralement écrit, relu et repris, et fini sur une période très ramassées, de septembre 2013 à la première partie 2014.

S'engager sur le long terme


En d'autres termes, quand vous commencez à travailler sur un ouvrage, ou même juste une partie d'ouvrage (disons au hasard un canevas), il est impossible de savoir à l'avance comment les choses se passeront. Vous ignorez les tuiles qui vous arriveront entre-temps, ou à l'inverse de superbes opportunités qui changeront votre vie, mais consommeront tout votre temps libre -- pour votre plus grand bonheur, mais compromettant aussi par là-même les chances de mener à bien le suivi du parcours du combattant de votre manuscrit.

La joie insouciante des débuts


Au commencement, tout le monde est en pleine forme et inspiré. La cohésion de l'équipe est (ou paraît) optimale. Les idées fusent, et vous abattez une grande quantité de travail en peu de temps. A ce rythme, vous savez qu'il ne faudra que six à neuf mois pour finir l'ensemble du manuscrit et ses illustrations.

L'erreur la plus commune consiste à croire que cette énergie du début -- qui est essentielle -- durera tout le long du projet. Cet élan joyeux, d'expérience, dure rarement plus de un trimestre. Pour toute tâche qui dépasse cette durée, il faut prévoir un autre carburant.

La sous-évaluation systématique des durées


Je participe au projet Esteren depuis 2006, et j'ai un rôle prépondérant dans l'écriture depuis mi 2012. Sur toute ces années, j'ai vu quantité d'erreurs d'évaluation d'agenda. A chaque nouveau projet, nouveau livre, tous les ans, les plannings sont évalués, les rôles de chacun soupesés, et on s'appuie sur l'expérience accumulées pour faire mieux, gérer plus de dossiers, plus efficacement, mieux... Il ne s'est pas passé une seule année sans erreur d'évaluation. Elles sont moins fréquentes et mieux anticipées désormais, mais les incidents sont inévitables. Créer un livre implique de mobiliser à des degrés divers quantités de personnes : un ou plusieurs auteurs, plusieurs illustrateurs, des relecteurs nombreux, à tous les stades, une maquettiste, et puis un imprimeur, des services logistiques, ... Chaque rouage peut être touché par un événement imprévisibles et rare. Indépendamment la probabilité que survienne une tuile en particulier est assez faible, mais si on a beaucoup d'intervenants sur une durée longue, les tuiles imprévisibles deviennent très probables et c'est l'absence de problèmes qui devient improbable.

Je me dois de préciser que ce n'est pas "grave" en soi, c'est un phénomène qui existe pour tout projet complexe. On ne sait pas quelle complication aura lieu, mais on sait qu'il y en aura.

L'expérience ici joue beaucoup, car elle permet de reconnaître les premiers signes d'une complication sérieuse avant qu'elle ne cause de dommages problématiques. Il est donc possible d'ajuster, corriger le tir ou le cap. Ce sont des restructurations de projet ou des adaptations qui font intrinsèquement partie de la vie des projets. De la même manière que nous nous adaptons, contournons des difficultés au quotidien, et sommes parfois transformés par ce que nous vivons, un projet ne traverse que rarement les épreuves sans être marqué, ne serait-ce qu'en étant terminé plus tard que prévu.

Persévérer et s'accrocher


Vous qui lisez ce texte êtes vraisemblablement débutants, et vous avez envie de faire aboutir cette idée, cette création qui vous tient à cœur. Beaucoup de gens se découragent passé la phase d'enthousiasme initial. Tout paraissait si beau, si facile, l'aboutissement était à portée de main, alors quand les difficultés surgissent et qu'on n'y est pas préparé, il y a une phase déstabilisante et de doute.

La différence entre toutes les idées brillantes qu'on a un jour, et celle qui sont publiées réside précisément dans la décision de poursuivre malgré la fatigue. Il faut mettre les problèmes à plat, accepter que ça ne va pas être si facile, et qu'on n'est pas seul dans l'équipe, que peut-être on n'a pas forcément raison sur tout. Parfois on estime avoir raison, mais on se rend compte que ça coûtera trop d'énergie de défendre un point accessoire du contenu.

A ce moment du projet il faut :

- Déterminer précisément ce qui pour vous est essentiel ou accessoire, et concentrer vos forces sur le cap. Si vous pouvez faire aboutir l'accessoire ou le secondaire, c'est bien, mais sachez quoi qu'il advienne établir des priorités.
- Concentrer votre énergie sur la résolution des difficultés et ne ne pas perdre de temps et d'énergie à ruminer à identifier les fautes de chacun dans le problème qui est apparu. Il faut corriger et avancer, de préférence en ne refaisant pas les mêmes erreurs.

Et moi en tant qu'auteur dans tout ça ?


L'auteur a moins de tâches sur le long terme qu'un coordinateur ou un éditeur, mais il participe aussi à la bonne santé du projet, à divers degrés :

- Fournir un texte qui respecte les contraintes exposées dans les articles précédents
- Vous préparer à être disponible quand vos partenaires auront besoin de vous, dégager du temps, et accepter que ça ne tombe pas toujours pile quand ça vous arrange. 
- Tenir compte des demandes de ses partenaires (éditeur, relecteurs de fond, relecteurs de forme). Cela ne signifie pas partir du principe que les autres ont toujours raison, mais de les écouter en partant du principe qu'ils sont bienveillants et qu'ils formulent une remarque ou demande pour de bonnes raisons. Une posture d'auteur rigide du type "je sais mieux qu'eux ce qui est bien, ils n'y connaissent rien" ou "personne ne touche à mon texte" complique les échanges, et dans le meilleur des cas, aura pour conséquence de ralentir tout le processus en mettant la patience de vos interlocuteurs à rude épreuve. L'un de vos interlocuteurs si vous nous contactez sera probablement moi et vous devinez aisément que j'aime mieux faire beaucoup de choses plutôt que relancer, renvoyer une quinzième fois un manuscrit avec certaines remarques identiques aux quatorze fois précédentes.

Votre scénario, si vous voulez vraiment qu'il ait un avenir dans une publication commerciale, n'est pas une création solitaire, façon tableau réalisé à la maison juste pour soi, il devient un élément d'un projet dans lequel beaucoup de gens vont s'investir. Ils vont faire le maximum pour valoriser votre création et la faire connaître. 

En soumettant votre scénario ou canevas à Agate, vous vous proposez de participer à un travail d'équipe.




Pour aller plus loin


Voici un récapitulatif des articles précédents :

Partie 1 : format et principes centraux de la méthode

Partie 2 : le genre des figurants

Partie 3 : à quoi il faut penser quand on parle de scénario publié

Partie 4 : se positionner par rapport à la relecture de fond

Partie 5 : les petits riens formels qui piquent



Pour nous envoyer vos scénarios, écrivez-nous !

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