La conception d'un entrelacs

12/18/2017 11:56:00 AM Iris d'Automne 1 Comments


La gamme des Ombres d’Esteren donne aux scénarios une part importante, et ce depuis le départ. Le Livre 0 inclut trois histoires qui permettent de découvrir Esteren (en libre téléchargement ici) tout en introduisant des thèmes importants de la campagne Dearg ; le Livre 2 Voyages inclut un grand scénarios et plusieurs canevas qui peuvent s’articuler en une petite campagne – sans oublier les différents thémas (Tuath, Lune Noire, Occultisme) proposant à chaque fois des histoires inédites. J’avais d’ailleurs, dans quelques articles, proposé une manière d’articuler toutes ces histoires entre elles, ici avec le cycle du monde familier ou bien par là avec un cycle de l'étrange.

Les histoires proposées dans la gamme des Ombres d’Esteren se présentent sous plusieurs formes :
-    scénarios : divisés en scènes et actes, pouvant être joués en une ou plusieurs séances de jeu ;
-    canevas : format court de deux heures environ, développés en quelques pages et prêt à jouer immédiatement après lecture ;
-    focus : scénario explorant l’arc narratif d’un PJ en particulier, dans le passé sous forme de flashback ou dans le présent.

Je travaille actuellement sur un projet nommé « Forêt Engloutie ». Comme les autres livres de la gamme, ce supplément fera la part belle aux scénarios. Il s’appuiera notamment sur une mécanique centrale dans la campagne Dearg : les arcs narratifs et les focus. Si vous n’êtes pas encore familier de ces concepts, vous pouvez lire un article de son auteur à ce sujet.

Des réponses à des besoins pratiques

Au-delà de l’histoire elle-même, mon travail porte sur la structure et la présentation des informations à l’intention des meneurs afin de leur faciliter le travail et d’optimiser leur expérience de jeu. Cette organisation vise à répondre à des questions simples, bien connues des meneurs : comment impliquer et intéresser chacun de mes joueurs ? Comment faire si un joueur arrive dans le groupe en cours de route ? Comment faire avec mes joueurs qui sont là une fois sur deux ou sur trois ? Je lui ai donnée le nom de code entrelacs. Il s'agit d'un format de structuration de l'information ludique qui a des points communs avec les bacs-à-sables, les arcs narratifs et les canevas. Grâce à ces outils conceptuels préexistants, j'ai commencé dans le cadre de la "Forêt engloutie" à trouver quelques éléments de réponse. Cet article, sous forme de carnet de bord, vous présente une vue rapide sur les questions auxquelles j’essaye de répondre.

- comment jongler avec des emplois du temps qui ne permettent de ses retrouver qu'à un rythme irrégulier, et pour des sessions d'une après-midi ?

Ici la réponse est simple : chaque étape clef de l'intrigue est présentée comme une unité narrative, une brique, au format de canevas. Ceux-ci ont le double intérêt de se jouer en 2 à 6h tout en étant rapides à lire (2 à 4 pages + annexes de type plan ou copie de document découvert). La durée de la partie est donc relativement anticipable autant que le temps de préparation. Le meneur doit simplement au préalable avoir feuilleté et lu pour avoir une vision d'ensemble et une fois qu'il prépare sa partie, il n'a plus qu'à se concentrer spécifiquement sur l'étape qui va l'occuper.

Bien sûr au gré des improvisations, ajouts de personnages ou de rebondissements, de nouvelles étapes "faites maison" trouvent leur place dans l'ensemble. Pour peu qu'ils soient conçues sur ce format, ces ajouts à la structure sont simples à contrôler. La structure de l'ensemble (un peu long de développer ici cet aspect) admet ces modulations sans générer de complications significatives. C'est un peu comme ajouter un composant dans un circuit, une multiprise et hop, un appareil en plus !

- comment impliquer et intéresser chacun de mes joueurs ?

Pour cette première question, ma réponse réside dans la proposition d'un ensemble d'arcs narratifs dont les enjeux sont étroitement associés aux événements à venir. Des options sont proposés pour jouer des scènes du passé en focus - flashback, mais l'essentiel est au présent, dans les étapes de l'histoire.

La diversité des arcs narratifs sont orientés autours des thématiques essentielles de la Forêt engloutie:  intrigue (si vous voulez, le volet mi-Trône de fer, mi-Civilization ou SimCity) ; mystère  (occulte, passé, ruines...) ; exploration et action (dangers, feondas, brigands...).

Chaque arc a une dominante, mais tous touchent un peu à chacun des trois volets. Il est ainsi possible de mettre l'accent plutôt sur une histoire politique et jeux de pouvoirs, ou au contraire, laisser ça totalement à l'arrière plan au profit de la découverte d'un monde sauvage et ancien inconnu.

- comment faire si un joueur quitte le groupe au cours de l'histoire ?

Comme plusieurs arcs ont des points communs, des intrigues convergentes, la disparition d'un joueur ne fait pas disparaître automatiquement un pan de l'histoire.

- comment faire si un joueur arrive dans le groupe en cours de route ? 

Choisir un arc narratif parmi ceux proposés assure un lien avec l'histoire. Plusieurs pistes sont proposées pour même prendre le même arc, ou faire des variations sur le même. Par exemple l'arc du chasseur qui peut être pris par un ... chasseur ou un ronce ; dans ce dernier cas, il y aura quelques spécificités du vécu et des développements futurs possibles.

- comment faire avec mes joueurs qui sont là une fois sur deux ou sur trois ? 

Les arcs narratifs sont ici encore à la base de la réponse, en se combinant avec le format canevas / étape. Chaque étape a une liste de caractéristiques :

- style : exploration, intrigue, mystère
- arcs narratifs : quels arcs sont concernés au premier chef par cette étape ?
- prérequis : est-ce qu'un événement particulier a dû se passer pour que cette étape soit accessible (parfois il n'y a aucun prérequis)
- ouverture : quelles sont les étapes dont l'accès est "débloqué" à la fin de cette étape ?

Pour chaque séance de jeu, le meneur qui sait si un joueur sera absent, peut laisser de côté facilement les étapes le concernant et jouer les autres. Dans les faits, tous les meneurs font un peu ça : ici il s'agit surtout de vraiment le formaliser et faciliter ces changements de dernière minute. Bob ne vient pas, mais finalement Bill qui avait annulé sera là. Comme les étapes / canevas sont d'un format court à préparer, la séance centrée sur Bob peut passer sur Bill, l'affaire d'une heure ou deux au maximum à potasser le canevas. Moins de stress, plus de plaisir ! 

- comment m'assurer que l'histoire sera assez stable pour encaisser les improvisations, et assez souple pour les admettre ?

Tout ce qui vient d'être décrit va en ce sens. Comme les noeuds dramatiques sont découpés en petites unités, en atomes dramatiques, les changements d'ordre et les insertions posent très peu de complications. Les tableaux résumant l'ensemble des étapes/canevas avec prérequis et ouvertures admettent l'ajout de nouvelles ouvertures, ou de petites intrigues parallèles qui se joueront pendant que la suite attendra. C'est le côté bac à sable : on a des lieux, des PnJ avec leurs motivations et secrets, on a des mystères, et des événements susceptibles de se produire à un moment quelconque du futur, quand ça arrange le meneur.

Pour mettre tout cela en œuvre et le suivre sur la durée, j'utilise également un carnet de campagne, mais j'en parlerai une prochaine fois.


Du lierre, photographie prise par mes soins... un entrelacs de feuilles et de tiges... qui avancent...

1 commentaire:

  1. Alors c'est pour ça que je me suis pris les pieds dans mon pantalon en poursuivant ce brigand ! :p

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