Les vendredis de l'angoisse - Une Raison d'agir - EP 2

21:00 Esteren 2 Comments

Pendant tout l'hiver, quoi de mieux que le feuilleton d'une petite nouvelle horrifique pour animer vos soirées auprès du feu ?

Chaque vendredi, à 21 heures, nous vous proposerons un nouvel épisode de la nouvelle "Une Raison d'agir" écrite par Iris, l'une des auteurs des Ombres d'Esteren. Cette nouvelle sera publiée dans un recueil nommé Hantises, à paraître en 2014. Vous retrouverez plus d'informations sur cette future publication ici.

Dans l'épisode précédent ...:

Un archer banda son arc pour tuer « cet oiseau de malheur ». Il visa, et moi je priais la providence qu’il échouât. Cethern l’encouragea, et moi je n’avais pas la force de m’interposer tandis que tous semblaient si unanimes. La flèche fusa, mais manqua de loin le rapace qui s’éloignait déjà, ayant apparemment repéré une carcasse sur un versant lointain. Il ne fut bientôt plus qu’un point à l’horizon. J’étais soulagée et les autres se contentaient de plaisanter.

On m’arracha soudain à mes pensées en m’enlaçant gentiment en m’embrassant :

« Steren, tu peux te réveiller, nous sommes presque arrivés ! »

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Une Raison d'agir - épisode 2

Je répondis à Cethern, mon époux, d’un vague sourire. Il entreprit de me rassurer quant à l’affreux volatile qui n’aurait pas le loisir de porter son ombre d’infortune sur notre mariage et notre vie aux Hauts-Vents. Comme souvent, il ne me comprenait pas. Il croyait que j’avais peur de superstitions irrationnelles. Parce que je lisais souvent, il s’était mis dans la tête que j’étais une rêveuse fragile et impressionnable. Notre union était tout autant le résultat d’un malentendu.

Voilà moins de trois semaines, Tante Haelara discutait de la répartition des biens entre ses enfants, tenant à être juste et ne laisser personne dans le dénuement. Des legs aux serviteurs de longue date étaient également prévus, tout était en train d’être organisé et elle pourrait par la suite vieillir en paix. À la surprise de tous, quand il fut question de moi, Cethern affirma, comme si c’était une évidence, qu’il allait m’épouser. J’ai grandi dans l’ombre de mes cousins nobles, n’étant moi-même que roturière, une servante bien traitée. Je n’avais pas appris à dire « non », ou même à exprimer à haute voix mon avis. On décidait de ce qui était le mieux pour moi, et il me faut bien admettre que je n’avais jamais eu à souffrir de l’existence tiède et confortable qui m’était offerte. Je suivais par habitude les recommandations. Épouser Cethern ? Je n’avais rien contre lui, comment l’aurais-je pu ? C’était un jeune homme joyeux et courageux, toujours plein d’entrain. Il était très persuasif et bavard, tout le contraire de moi qui n’ai jamais su bien m’exprimer que par écrit. Son heureuse nature lui permettait de se moquer de son statut de cadet. Il affirmait à qui voulait l’entendre que cette difficulté serait l’occasion pour lui de s’illustrer héroïquement et de mériter par sa gloire ce que son aîné obtenait par le seul hasard de l’ordre des naissances. On me pressa d’accepter cette demande en mariage, et n’ayant rien à objecter de sérieux, je m’y résolus.

Une bourrasque s’insinua entre les pans de mes vêtements que je serrai contre moi en frissonnant.

Les Hauts-Vents. Je ne pus les contempler qu’avec gravité. Leur structure était tourmentée, décharnée et édifiée sur un promontoire dominant un précipice vertigineux. Elle m’évoquait irrésistiblement une tour brisée, image des ambitions et des vœux détruits. Cet ancien fort ayant servi à défendre Reizh contre les incursions gwidrites était encore empreint de sa fonction première. La pierre, la glace et la poussière semblaient être tout ce qu’il y avait à espérer ici. Une vie d’amertume. Je compris que j’avais commis une terrible erreur en acceptant ce mariage si commode.

Malgré toutes mes appréhensions, il me fut impossible d’infléchir la volonté de Cethern. Tout ce que je pus maladroitement exprimer n’étaient que les inquiétudes d’une petite fille qui n’avait connu qu’un château bien entretenu. Je ne savais pas reconnaître le potentiel de ces murs froids, de la charpente pourrie et du toit percé. La solitude effroyable et désespérante que je lui décrivais en lui désignant le village sinistre situé à une demi-heure à pied était très exagérée : les gens d'ici avaient seulement besoin d’un peu de temps pour s’habituer à de nouvelles figures, voilà tout.

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Rendez-vous vendredi prochain à 21 heures !

Vous pouvez retrouver les épisodes précédents :

2 commentaires:

  1. Mariez-vous qu'y disaient ! Mais ce Cethern est-il aussi naïf qu'il veut bien le laisser paraître ? ^^

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  2. La réponse presque bientôt ;-) ... Cethern est un peu l'aventurier par excellence... il aurait pu être un PJ ! ... homme, noble, besoin d'argent, vaillant... A contrario, la posture de Steren est plutôt celle habituellement dévolue à un PNJ : attendre le retour du héros :-P

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