Coulisses de la conception de Steren Slaìne, narratrice de la Lune noire

14:27 Iris d'Automne 0 Comments


Steren Slaìne est la narratrice du Manuel de la Lune noire, une occultiste érudite dont l'origine de la vocation est évoquée dans la nouvelle "Raison d'agir" publiée dans le recueil "Hantises" mais également sur ce blog.

D'où vient Steren ?

Il arrive qu'on ne sache pas du tout d'où provient une idée ou quel a pu être le déclic à l'origine d'une création. Dans le cas de Steren en revanche, j'ai un souvenir assez clair de son élaboration. Elle est issue de plusieurs sources :

Un profil différent

Avant de créer une nouvelle figure, je fais le tour des existantes ou prévues pour éviter les redondances.

J'avais déjà une femme occultiste avec un passé trouble et haut en couleur, ambitieuse et sûre d'elle, prévue pour "Occultisme".

Dans le Livre 2 - Voyages, il y avait en première édition l'occultiste Aodren Floyd. En coulisse, cette figure est le héros d'une série de nouvelles sur laquelle travaillent Nico du dème de Naxos, Ikaar et Elenyl. Il est amené à avoir des aventures trépidantes et pleines de rebondissements. Une illustration dans la nouvelle édition du Livre 2 - Voyages et la courte nouvelle introduisant le chapitre des Figures vous donnent un aperçu de certains événements et rencontres.

Toujours dans le Livre 2 - Voyages, mais nouvelle édition, il y a un occultiste lié aux sigires, un brin rebelle et provocateur, très puissant aussi.

 Compte-tenu de ces données, je décidai d'opter pour :

- un historique assez sobre ;
- peu d'événements extraordinaires vécus susceptibles de faire de l'ombre aux PJ ;
- pas de pouvoirs occultes, juste des connaissances ;
- pas de volonté d'acquérir un pouvoir personnel ;
- marié(e) ;
- non immédiatement implanté dans une capitale ou ville d'importance ;
- statut social subalterne et dépendant ;
- prudent, peu sûr de lui en société, pas le genre à placer une répartie tranchante qui attire l'attention ou à séduire tout le monde.

Autant dire que je cherchais à faire quelque chose avec une base modeste et discrète.

Une femme

Comme le savent ceux qui suivent ce blog de création, je me charge de gérer la mise en œuvre des figures des mécènes pour la gamme des Ombres d'Esteren. Les mécènes sont des souscripteurs ou des personnes qui nous soutiennent de manière active, d'un façon ou d'une autre. Or les mécènes sont à plus de 90% des hommes et ont commandé dans une très large majorité des portraits ou des figures masculines. Le risque était de se retrouver un peu comme dans le "Seigneur des anneaux" avec uniquement des personnages masculins et deux figures féminines cherchant leur place au milieu (et dans le roman, Arwen est nettement plus effacée encore, il n'y a qu'Eowen...) et sans avoir la justification de Stevenson dans l'Île au trésor (il n'y a que la mère du héros au début, le reste est une aventure exclusivement virile).

En somme, si les figures féminines ne venaient pas à moi, c'était à moi de les créer et c'est ce que j'ai fait ici, mais également pour d'autres ouvrages. C'en est à un point que j'en viens presque à me dire "flûte, je crée encore une fille" avant de regarder la balance des genres et des âges (oui, j'y fais attention aussi et ce n'est pas facile non plus !... et je ne vous parle même pas de Dragons où je fais en prime attention à l'équilibre des races et régions du monde :-P) et confirmer ou retoucher.

Bref, pour le Manuel de la Lune noire, j'étais d'avis qu'il était souhaitable que la figure centrale fût une femme.

Le roman "Mansfield Park" par Jane Austen

Ce n'est pas mon préféré ni celui qui m'a le plus marquée (j'en ai d'ailleurs presque tout oublié) mais quelque chose dans la situation de départ me donnait envie de pousser la réflexion : une cousine éloignée élevée par la branche noble de sa famille avec un rang subalterne, à peine au-dessus des domestiques et épousant en fin de compte le second fils. Je trouvais la fin trop facile. Le début de l'histoire de Steren est en quelque sorte la fin du roman de Jane Austen, transposé dans le monde d'Esteren.

Tout le début de Mansfield Park met en scène une jeune femme en retrait, dans une position subalterne mais ayant une éducation de qualité qui l'élève et la rend différente de son milieu d'origine. Cela correspondait si précisément au cahier des charges que je m'étais donnée que je m'en suis emparée.

Il ne restait plus qu'à donner un grand coup de pied dans le bonheur un peu trop parfait de la fin pour pousser Steren à s'émanciper et franchir le cap, précisément en trouvant une "Raison d'agir".


Représentation de Steren Slaìne par NJamme - extrait du Manuel de la Lune noire

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