Trouver les idées qui nourriront le bestiaire

17:09 Iris d'Automne 1 Comments

Cet article vise à présenter succinctement la démarche de recherches d'idées pour des créatures de bestiaire. Pendant longtemps j'avais du mal à comprendre comment "on" s'y prenait pour développer des bestioles qui n'existaient pas déjà quelque part, dans la mythologie ou dans la nature.

Comment faire pour s'émanciper de ce qui existe déjà si souvent dans de nombreux JdR, proposer un contenu différent sans se contenter de changer la couleur du pelage ou ajouter des plaques osseuses ? Je ne prétends pas avoir une solution ultime qui réponde à tout à vous proposer, plutôt des pistes de méthode de travail. 


L'évolution spéculative...

Je suis une grande fan de reportages sur les dinosaures et les périodes antérieures ; je suis scotchée par les reportages de la BBC sur les aptitudes fascinantes des formes de vie (spéciale dédicace à la myxomycète !) ; j'adore tout autant l'évolution spéculative, c'est à dire la discipline qui cherche à imaginer comment les formes de vie actuelles pourraient évoluer. A ce propos, il y a un livre sorti assez récemment et richement illustré qui présente bien de quoi il s'agit : Marc BOULAY, Sébastien STEYER, Demain les animaux du futur, éditions Belin, 2015. La démarche est bien expliquée et c'est une bonne base pour toute personne s'intéressant à l'exercice de création de bestioles et d'écosystèmes nouveaux.




Pour trouver des idées, je cherche dans des viviers de sources autant que possible peu exploitées en JdR (histoire d'éviter de développer exactement le même concept que le petit camarade sur la gamme de JdR d'à côté ^^). Cela passe par des heures de visionnage de reportage, de lectures de revues spécialisées... et noter chaque anecdote, chaque détail fort, dans un coin, des fois que ça serve plus tard.

L'idée est de prendre une base et de retoucher, faire dériver, en se demandant ce qui se passerait si tel animal acquérait telle aptitude, développait davantage un aspect...

Une autre méthode qui vaut surtout pour l'exobiologie spéculative, c'est à dire imaginer des écosystèmes extraterrestres, consiste à partir de contraintes environnementales et se demander quelles sont les ressources, les dangers, les opportunités... et de là concevoir une forme de chaîne alimentaire : exploiter l'énergie (soleil, minéraux), chaîne des prédateurs, charognards, ... le tout devant être circulaire pour tenir dans la durée.

L'apport du mythe

La différence entre le jeu de création et imagination scientifique et le JdR, c'est la présence dans ce dernier, très fréquemment, d'une composante mystique : légendes, magie, divin... Pour développer cet aspect, je me suis principalement nourrie de deux auteurs :

  • Bernard Sergent
  • Claude Lecouteux 
Leur bibliographie à tous les deux est abondante, il n'y a que l'embarras du choix ! Je n'ai pas tout lu ni exploité à fond, mais à eux deux, il doivent représenter pas moins d'1m linéaire de ma bibliothèque. Si vous vous demander quoi lire, commencez par C. Lecouteux (nettement plus accessible). B. Sergent pour sa part est "simplement" la base de ma manière de concevoir les dréins. Rien que ça. Le concept à la base de Manteau de corbeau, Chant de papillon, Patience d'if... est issu de ce qui m'a le plus frappée en lisant sa comparaison des dieux celtes et grecs, pour les périodes archaïques (à la louche -800 voire antérieur) : l'ambivalence. Les dieux anciens sont des figures bien plus complexes (et passionnantes) que leur version classique. Apollon est nettement moins propre sur lui, idem Athéna. On trouve un rapprochement systématiquement de valeurs opposées : sauvagerie et maîtrise de soi, guérison et maladie, aube et crépuscule... Le divin archaïque est paradoxal, brut et polysémique : il a une richesse évocatrice au regard de laquelle les dieux antiques du temps des grands philosophes ne sont que des ombres pâles.

Derrière chaque créature importante, il y a la recherche d'une image aussi forte que celles qui m'ont laissé une profonde fascination pour la notion de "mystère".


1 commentaire:

  1. Suite à une question qui m'a été posée par MP, voici les références qui m'ont le plus intéressée :

    - Claude LECOUTEUX, Fées sorcières et Loups-garous au Moyen âge, éditions IMAGO, (mon édition date de 2005).

    Le concept qui m'a le plus marqué : la notion d'âme multiple (voire en couche d'oignon) chez les anciens germains. Je précise de suite pour les spéculateurs estereniens, il n'a pas servi pour Esteren, mais pour mes créations perso (FIM en général, Artland en particulier)

    - Bernard SERGENT, Le livre des dieux, Celtes et Grecs II, éditions Payot, (mon édition date de 2004, attention super pavé très dense)

    C'est d'ici que viennent les dréins, enfin, pas les dréins dans le jeu, mais l'approche par laquelle je les conçois ;-)

    - Claude LECOUTEUX, Les nains et les elfes au Moyen âge, éditions Imago (j'ai la 3e édition de 2003)
    - Claude LECOUTEUX, Fantômes et revenants au Moyen âge, éditions Imago (j'ai l'édition de 1996)

    Introduisent pas mal de concepts et reviennent sur les trois fonctions duméziliennes comme approche structurante, aidant à l'analyse. Très intéressants pour voir l'évolution sur le long terme des croyances et les renversements qui peuvent exister (les gentils nains... ne sont pas si gentils que ça au début ^^)


    Dans tous les cas, on est dans du livre écrit par des chercheurs qui visent à démontrer que leur thèse se tient, c'est à dire que l'on a toute la démarche de réflexion méthodique et pas un résumé direct donnant une vérité absolue. Je trouve ça très stimulant, mais il faut être honnête : ce sont des lectures plutôt exigeantes.

    En espérant que vous prendrez plaisir à la découverte ! :-)

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