Créer la bande son d'un supplément : le cas de Dùlan

15:21 Iris d'Automne 0 Comments


Comme déjà évoqué précédemment sur ce blog, je travaille activement et en parallèle sur la conception de trois thema. Cela inclut de penser au placement des figures de mécènes, et notamment l'équilibre des genres. Aujourd'hui je propose un aperçu de la conception de la "bande son" d'un supplément au travers de l'exemple de "Dùlan" (nom de code / de travail du projet).


La musique et la création en JdR



La musique est source d'inspiration et d'émotion (je pense que personne ne contestera ce postulat). La gamme des Ombres d'Esteren a pour principe depuis ses débuts de penser "cross-média", avec des propositions de morceaux de musique pour accompagner des scènes marquantes d'un scénario. Il s'agit d'un élément très important qui s'exprime de plusieurs façons :




  • Chercher l'inspiration. Certains ont leur propre bande-son qu'ils écoutent en concevant et écrivant des scénarios. C'est vrai pour les auteurs de l'équipe, mais également de nombreux membres de la communauté.
  • Fond sonore. Pour jouer en musique, une solution peut être d'utiliser des musiques d'ambiance, peu envahissante, dans le sens où elles ne déconcentrent pas les Joueurs, mais favorisant un état d'esprit en accord avec l'univers. L'album de Delphine Bois, D'homme et d'obscurité, est parfait pour cet usage. Il suffit de le faire tourner en boucle, pas trop fort, pendant la partie.
  • Scénographie. Les Meneurs les plus virtuoses gèrent leur bande-son et préparent leurs scénarios en pensant à la musique qu'ils utiliseront pour renforcer l'impact de certaines scènes. Ils peuvent par exemple choisir un thème de début (façon musique de générique), ou un thème musical systématiquement associé à l'approche d'une menace... Tout cela favorise la mise en condition de l'ensemble de la Table.

Ces observations découlent notamment des retours de la communauté sur deux sujets de débat sur le forum officiel :



"Vous et la musique en JdR" : chacun décrit la manière dont il utilise la musique dans sa relation au JdR.
"Inspirations musicales" : où les participants font partager leurs découvertes et trouvailles.




A titre personnel, j'utilise la musique pour écrire, mais pas pour jouer. Non que j'y sois hostile, mais tout bêtement que j'ai tendance à m'installer dans une pièce ou une autre pour jouer, et que je n'ai pas forcément la motivation pour traîner l'ordinateur & les enceintes avec moi (parce que quitte à avoir un fond sonore, autant que le son soit bon !).




Je m'efforce néanmoins de jouer le jeu et chercher à l'occasion des morceaux de musique qui me paraissent pouvoir cadrer avec une ambiance, en particulier pour les scénarios que j'écris. Pas évident du tout je trouve !



Application pour Dùlan


L'intention






Comme les bandes-son ne sont pas vraiment ce que je maîtrise le mieux, je m'y prends longtemps à l'avance. J'ai les thèmes principaux (cf. Schéma) de ce que je veux placer et je me tiens à l'affût de ce que je pourrais trouver qui aille en ce sens.



Passant pas mal de temps sur "France Musique", j'ai eu tendance à chercher plutôt dans les "classiques" (enfin plutôt première moitié du XXe s. pour être plus précise). Il m'a paru qu'il y avait quelques très bonnes choses à glaner de ce côté. Les reportages sur Arte dédiés à la vie de tel ou tel compositeurs m'ont été d'une grande aide. Sans eux je n'aurais sans doute pas vraiment prêté attention au "Sacre du printemps" par exemple.



Ceci pour illustrer que la recherche documentaire passe par tous les médias : reportage, puis un tour sur YouTube pour vérifier le noms des passages m'intéressant, quelques notes pour me rappeler de quoi il était question...



Ce qui est pratique avec le XIXe et XXe siècle : beaucoup d’œuvres sont conçues pour être narratives. Il suffit dès lors d'identifier les thèmes qui nous intéressent pour découvrir à tâtons des musiques évocatrices... qui collent bien avec ce qui est visé !


A quoi ressemblent les notes préparatoires...




*** Pastille Musique *** Sergueï Prokoviev, Ivan le Terrible, « La danse des Oprichniks ». Cet extrait d’une œuvre consacrée à la démesure et à la folie paranoïaque d’Ivan le Terrible, accompagne une fête pleine d’une joie terrible et démente.


*** Pastille Musique *** Carl Orff, Carmina Burana, « Fortuna plango vulnerat ». Le texte décrit la fortune cruelle et la perte, avec la tonalité d’un chœur qui fait face au malheur avec un détachement stoïque. Celui qui est riche est appauvri, celui qui règne, chute au plus bas. Il s’agit d’un avertissement aux allures de menace : « Le roi siège au plus haut. Qu’il prenne garde, car sur l’essieu on lit « Hécube est reine ».


*** Pastille Musique *** Sergueï Prokoviev, Ivan le Terrible, « La maladie d’Ivan ». Morceau exprimant la grandeur et la douleur, signifiant le pouvoir du souverain, en même temps que la faille dans sa psyché qui le fait glisser de plus en plus vers la méfiance et la cruauté.


*** Pastille Musique *** Sergueï Prokoviev, Suite scythe, « La danse du monstre païen ». Une évocation de l’élan, de l’enthousiasme dans une dissonance barbare et inquiétante. La célébration est joyeuse mais recèle des germes du chaos et de la violence sauvage.


*** Pastille Musique *** Sergueï Prokoviev, Roméo et Juliette, « Funérailles et mort de Juliette ». Tristesse pleine de noblesse, élans de sensibilité, mais surtout une fatalité pesante, prenant la forme d’une marche inéluctable vers la mort, balayant les espoirs les uns après les autres, pour descendre jusqu’au tombeau.


*** Pastille Musique *** Igor Stravinsky, Le sacre du printemps, « … ». Musique brutale, parfois dissonante, éloquente, qui narre, aux temps païens, le sacrifice d’une vierge pour permettre le retour du printemps. Image de la fiancée venant en Dùlan. (le passage le plus connu et marquant démarre à 4 minutes pour sa première occurrence)

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