Femmes rôlistes et personnages féminins

09:21 Iris d'Automne 4 Comments

Aujourd'hui un article sous forme de question, écrit à la suite de la lecture du résultat d'un sondage : JDR-2014-Le-Thiase.pdf L'objet de ce sondage est de mieux connaître les rôlistes. Pour quelqu'un qui s'attache à la création de JdR, cela suscite forcément la curiosité ! Alors, qu'ai-je retenu de la lecture de ce document ? 

Femmes et JdR

Forcément, en voyant des statistiques sur les femmes, je vérifie où je me place... Donc née en 1981... je suis d'une génération où les filles représentent environ 15% des rôlistes (si je lis bien le graphique). J'ai démarré vers 15-16 ans, suis donc dans la tranche statistique basse pour les filles. 

Les femmes sont "uniquement Joueuses" à 58% quand les hommes ne sont dans ce cas qu'à 22%. Les chiffres rapportés signalent également que très peu de femmes se désignent comme meneuses uniquement (de l'ordre de 1.5% contre 7% des hommes). Le sondage signale par ailleurs que beaucoup de sondés ont des activités créatrices (jeux, scénarios, aide de jeu...). J'aurais été intéressée de connaître la mesure dans laquelle les femmes s'impliquent dans les activités créatrices en lien avec le JdR. Spontanément j'ai tendance à penser que l'implication en JdR est progressive : 




Chaque "rôle" implique de passer plus de temps : lecture, préparation de partie, documentation, achats de suppléments, recherches sur Internet, discussion sur forum... 

Statistiquement, je suis représente une toute petite minorité (femme + auteure), mais le fait que les femmes de moins de 20 ans sont de plus en plus nombreuses semble indiquer une mutation progressive dans la population rôliste. Par suite, on devrait trouver de plus en plus  de "meneuses" et d'"auteures".

 Que faut-il en penser en terme de conception de jeux ? Quelques hypothèses :

  • il est important de s'intéresser à l'initiation et au confort de jeu des débutant(e)s, donc d'avoir du clef en main (ce qui est également utile pour les trentenaires actifs)
  • visuellement et dans les histoires, il est bon d'avoir des personnages féminins "forts", intéressants, dans lesquels il est possible de se projeter (= qui ne sont pas des stéréotypes ou des fantasmes), et des cadres où jouer un personnage féminin n'est pas synonyme de cumul de handicaps sociaux (ça peut faire les pieds, mais ça limite surtout la marge de manœuvre, ce n'est guère motivant)

 Pourquoi est-il difficile de mettre des personnages féminins ?



Ce dernier point, celui de la présence de personnages féminins n'est pas si évident que ça, deux freins que j'ai constaté en pratique :
  • De vieux réflexes : par défaut le seigneur est... un seigneur... Il suffit de feuilleter le Livre 1 - Univers pour s'en convaincre. Même chose pour les rois des trois royaumes. Ce n'est pas une volonté délibérée de mettre en avant les personnages masculins dans les fonctions-clefs du pouvoir, simplement une évidence qui s'impose. Chaque auteur écrit un texte, sur un événement historique, sur un duché, un royaume... et tout naturellement y place des figures masculines. 
  • Des mécènes masculins à 80%-90% :  comme évoqué précédemment , je m'occupe désormais du suivi des commandes des mécènes. Il s'agit, selon les cas de figures "pleine page" ou de "crayonné" en quart de page. Très souvent les mécènes demandent que soit réalisé leur portrait. Dans quelques cas, ils ont demandé le portrait de leur enfant ou compagne... ou seulement fourni une description de leur personnage fétiche. Or, ce n'est une surprise pour personne : les rôlistes sont des hommes à 80%-90%.
Pour être encore plus concrète : si l'on exclut les mécènes qui ne m'ont donné encore aucune information, les commandes que je traite (donc à venir très bientôt j'espère !) ...
  • Pleine page : 1 figure féminine / 18 figures masculines
  • Crayonné : 6 figures féminines / 15 figures masculines
Les chiffres se passent de commentaire.

Comment rétablir (un peu) l'équilibre ?


Très difficile de rétablir un équilibre avec de tels déséquilibres dans le ratio femme / homme ! Il n'est pas question par exemple de m'amuser à créer 17 figures féminines pleine page pour arriver à 50% dans les prochains suppléments : cela prendrait un temps trop long côté illustrateur (une pleine page, c'est un énorme travail), et cela reviendrait à systématiquement doubler le nombre de figures... Certes les figures sont intéressantes et servent aux meneurs, mais point trop n'en faut !

Ma démarche est articulée ainsi :

  • Lorsque je crée des personnages "librement", c'est-à-dire qu'il s'agira d'un PnJ qui n'est pas lié à un mécène, j'ai tendance à tirer aux dés. Pair : c'est une femme ! Impair : c'est un homme ! Je l'ai déjà mis en pratique en rédigeant l'histoire de la cité de Farl (cf. Livre 2 - Voyages). Cela évite d'être trop influencé par les réflexes et habitudes attribuant tel rôle à tel type de personnage.
  • Lorsque le genre de beaucoup de personnage est "contraint" (un père sera un homme, une mère une femme, et le duc de Dùlan, évoqué dans le Livre 1 - Univers sera un homme...), je prends le temps d'évaluer la situation globale. J'essaie au moins de ne pas tomber à moins de 20-25% de femmes (et sur les pleine pages, ce n'est pas gagné du tout !). Alors si je ne peux pas équilibrer en nombre, je réfléchis à la question des rôles, et j'ai tendance à chercher un moyen narratif, dramatique intéressant, qu'au moins un personnage féminin soit incontournable : narrateur principal du supplément par exemple.
  • Dans tous les cas, j'essaie de faire le point sur les figures déjà existantes pour m'assurer que les nouvelles ont une vraie différence, notamment dans l'historique. Pour cela, je m'appuie sur les statistiques tirées de l'usage du générateur de Personnage de Pierstoval qui m'indiquent quels sont les avantages & inconvénients les moins choisis par exemple. C'est très intéressant pour se faire une idée des réflexes de création, et pouvoir essayer de surprendre avec des Personnages différents.

Dans tous les cas, vous l'aurez compris, le genre en JdR, n'est pas du tout facile à gérer quand on est dans les coulisses de la création !

4 commentaires:

  1. Merci de cet article !!!!
    En tant que femme / joueuse / meneuse / de + de 40 ans, ça m'aurait bien intéressé de répondre au sondage évoqué plus haut !
    Je regrette de l'avoir raté, je guetterai l'éventuel prochain ;)

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  2. En tant que MJ féminin, je m'assure toujours d'un certain équilibre parital dans mes parties... Les hommes n'ont pas forcément les rôles les plus hauts, mais ne sont pas forcément non plus les plus dangereux... Je m'amuse souvent à mélanger les pistes, pour le plus grand bien du jeu, qui en gagne en richesse.

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  3. Article interessant, je pense que le jdr a son role a jouer pour eviter le status quo du gender gap. J'avais aussi eu quelques reflexions sur le sujet :
    http://seriouslythegame.blogspot.com/search/label/lean%20in

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