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Livraison de Dearg 2, fin d'un cycle et début d'un nouveau

Voilà nous y sommes, la seconde saison de Dearg arrive en ce moment même chez les souscripteurs. Sa sortie publique est prévue en début d'année prochaine.

Ce volume de Dearg vient clore le premier cycle de la gamme initiée il y a 15 ans. C'est un moment important ! Vous allez enfin pouvoir parcourir les 300 pages de cette seconde saison remplies à ras bord ! Nous sommes impatients de lire vos retours. N'hésitez pas à partager vos impressions sur notre Discord ;)

Merci énormément pour votre patience pendant tout ce processus car nous y voici, et c'est grâce à vous ! 

Je l'ai dit plusieurs fois et je le redis ici : quelle chance d'avoir pu mener un tel projet à bout. Je ne sais pas si j'aurais dans ma vie la chance de le faire à nouveau. 

Je salue toute l'équipe, les illustrateurs, correcteurs, notre directrice artistique, toute l'équipe technique, les traducteurs et toutes les personnes qui ont participé et ont rendu cet incroyable projet possible ! Et bien sûr, chacun d'entre vous, chers souscripteurs :)

Cette fin de cycle annonce un nouveau, consacré aux Secrets. Le travail se poursuit : il s'agit d'un grand chantier et, en attendant le premier volume de ce nouveau cycle, nous publierons sans doute quelques interludes transmedias et peut-être même un petit recueil de scénarios. Pour être prévenu du lancement, suivez cette page Ulule.


 
Céliane...  le tarot mériterait aussi un petit podcast dédié....; il a connu plusieurs versions jusqu'à celle-ci et l'artiste Loren qui a travaillé plusieurs mois dessus !

Le petit livret n'était pas prévu au départ mais on l'a ajouté et j'espère qu'il vous plaira. Un autre aspect sur lequel j'ai hâte de lire vos retours : DEARG SAGA projet atypique, assez unique en son genre, commencé en 2017 pendant un playest fleuve portant sur l'intégralité de la campagne. Il a été co écrit par toute ma table, prenant appui sur la règle "chroniques de campagne". 

L'idée de Dearg Saga est de vous donner une vision, inspirer les meneurs, aussi être une sorte de tuto pour aider les MJ à appréhender cette campagne et sa narration.

En attendant un prochain article, je vous souhaite une bonne lecture... et je vous donne RDV à Paris en janvier pour la 6e Nuit du Feond ! 

Nel

Esteren 2018 :

En septembre 2010 paraissait notre premier ouvrage : le livre de base des Ombres d’Esteren. Cette fin d’année est l’occasion d’un petit coup d’œil dans le rétroviseur.

Nous sommes des autodidactes issus de la scène associative, nous avons tout appris sur le tas et nous devons notre subsistance à une communauté qui nous soutient depuis le départ. En sept ans, nous avons publié une douzaine de livres et de suppléments, trois albums de musique, un jeu de société. Nous avons également fait une incursion dans le jeu vidéo : prochainement, notre démo de l’Héritage des Mac Lyr passera en libre accès. Esteren est aujourd’hui la création française la plus primée à l’international avec une dizaine de distinctions, dont 4 Ennies Awards. Beaucoup d’émotions, de magnifiques rencontres, d’imprévus. 

Nous avons aussi rencontré de nombreuses difficultés. J’ai rédigé plusieurs articles revenant sur les premières années du projet : ils permettent d’en avoir un aperçu. La campagne Dearg n’a toujours pas été livrée aux souscripteurs et le livre des Secrets se fait attendre. Nous avons commis de nombreuses erreurs. Notre excès d’enthousiasme et notre passion nous ont poussé à faire des annonces sans nous rendre compte de ce qu’elles pouvaient impliquer, parfois plusieurs années après. Plus nous avançons dans ce projet, plus nous nous rendons compte de l'ampleur de la tâche : nous restons des débutants, nous apprenons sans cesse. Sans doute serons-nous constamment dans cette dynamique d'apprentissage.

Plusieurs fois, nous avons failli tout arrêter. Encore aujourd’hui, nous ne vivons que partiellement de notre travail alors même qu’il réclame beaucoup. Plusieurs membres du studio ont mis de côté tout ou partie de leur carrière pour se consacrer à l’écriture, à l’illustration. Esteren est une aventure passionnante mais qui demeure précaire. Qui peut prédire comment sera accueillie notre prochaine création ?

Puisque nous évoquons le sujet, parlons un peu de l’avenir. Je m’abstiendrai d’annoncer ici une quelconque date de sortie. Ce que vous allez lire ci-après sont des trajectoires générales, des projets sur lesquels nous travaillons, parfois depuis plusieurs années : rien ne peut garantir que tous ces projets seront un jour publiés. À défaut d’annoncer un calendrier de sortie, nous pouvons partager avec vous cet aperçu sur notre atelier virtuel :

LIVRE 3 DEARG

Depuis 2013, la campagne des Ombres d’Esteren a connu une profonde restructuration qui pourrait être résumée ainsi : de 250 pages, le projet final en contiendra 500, publié sous formes de deux livres couverture rigide, auxquels s’ajouteront notamment une centaine d’aides de jeu volantes, un album de musique, un jeu de tarot. C’est de loin notre projet le plus ambitieux : celui aussi qui entraîne les plus grosses difficultés. Une précommande est d’ailleurs en cours sur Backerkit. La date de livraison de la seconde partie reste inconnue.

THE WILD

Alors que mon travail continue sur Dearg, j’accompagne Iris dans la conception de son sa nouvelle série autour du monde sauvage, des demorthèn et des feondas : d’où son nom de code, « the wild ». Triptyque sur le modèle des suppléments sur l’occulte (Lune Noire, Occultisme et Hantises) ou autre format encore à définir : à l’heure actuelle, rien n’est figé. En suivant son blog, vous pourrez en apprendre plus sur ses travaux. Certains textes sont bien avancés, d’autres encore en chantier. Il reste beaucoup de travail : entre le moment de leur conception et le moment où vous pouvez tenir les livres entre vos mains, il se passe plusieurs années.

RÉÉDITION DU LIVRE 0 PROLOGUE ET DE L’ÉPISODE 1 DE DEARG

Ces deux livres sont en rupture depuis longtemps. Nous continuons à travailler à leur réimpression corrigée. La nouvelle édition du Livre 0 devrait être enrichie d’illustrations mises à jour et de la bande dessinée de 16 pages Yldiane, illustrée par Emmanuel Roudier et dont j’ai co-signé le scénario. L’épisode 1 de Dearg devrait revenir en boutique avec la publication de l'épisode 4 de la campagne, en attente chez l’imprimeur.

ADELIANE

Notre quatrième album Adeliane est prêt. Composé par François Rousselot, enregistré par le Budapest Symphonic Orchestra, interprété par Clarisse Mây, ce nouvel opus pousse un peu plus loin l’exploration d’un des personnages principaux de la saga Esteren. Nous préparons un concert à Paris pour le début d’année 2018. Une petite campagne Ulule devrait vous permettre de réserver vos places ainsi que le nouvel album, dans une édition CD ou vinyle.

LIVRE DES SECRETS

Années après années, la conception de se livre  se poursuit en coulisses. Certains chapitres ont connu déjà trois ou quatre versions. Une publication en épisodes, comme pour Dearg, abordant les thèmes majeurs, est envisagée. À moins que nous options pour un tome unique, massif ? La problématique principale demeure la forme sous laquelle présenter ces secrets : strictement objective ou bien du point de vue des habitants de Tri-Kazel ? Le travail continue sur ce livre.

CORAHN RIN ET ESTEREN MAPS

Les deux logiciels de Pierstoval sont au programme de 2018. L’un est un générateur de personnages, l’autre un logiciel de calcul d’itinéraires pour vos voyages en Tri-Kazel. Un abonnement via Tipeee est envisagé pour financer les serveurs. 

Voilà pour ce tour d’horizon.

À présent que je termine cet article, 2018 est là. Il me reste à vous souhaiter, au nom de toute l’équipe, une excellente nouvelle année et à vous remercier pour votre soutien !



Inscrivez-vous à la mailing list et recevez une notification lors de la sortie d'un nouveau livre
ou au lancement du prochain financement participatif.

Du suspens à la tragédie

Nous travaillons actuellement sur la réimpression du premier épisode de la campagne Dearg. À cette occasion, plusieurs chapitres se sont enrichis d'aides de jeu et d'encarts visant à aider le meneur à s'approprier le système des arcs narratifs et des focus. Un précédent billet détaille ces deux mécaniques spécifiques à la campagne des Ombres d'Esteren. Voici l'un d'eux :

Du suspens à la tragédie

Classiquement, une partie de jeu de rôle est basée sur le suspens : les joueurs découvrent peu à peu l’intrigue, incertain de son développement, anticipant un retournement de situation, craignant les agissements de leurs adversaires. Comme dans un bon film, les joueurs seront impatients de connaître la suite, frissonneront pour leur PJ à la veille d’un grand combat, etc.

Les choses sont différentes avec les quatre premiers focus de Dearg. Ces scénarios visent à explorer le passé des PJ : par définition, cette histoire a déjà eu lieu et ne pourra pas évoluer : dans l’histoire d’Eoghan, Mael mourra, quoi que fassent les PJ. Cet état de fait peut être renforcé par la connaissance que les joueurs ont de l’univers des Ombres d’Esteren : Dearg s’appuie sur les personnages du Livre 1 – Univers. Des lecteurs attentifs sauront par avance plusieurs éléments décisifs des histoires d’Eoghan, Fin, Adeliane et Joris.

De fait, le suspens ne peut plus être le moteur de l’intrigue ni ce qui va principalement mobiliser l’attention des joueurs. Les premiers focus de la campagne Dearg s’appuient sur les ressorts narratifs d’un autre genre : la tragédie. L’accent est mis non plus sur les événements et les épreuves que les PJ vont traverser, connus des joueurs, mais plutôt sur la manière dont ils vont les traverser. Le but n’est plus tant de connaître le dénouement de l’histoire que de vivre l’histoire en elle-même. Ce faisant, les joueurs et le meneur vont pouvoir se concentrer sur les personnages, sur leurs émotions et leur développement.


Marco Garro | Le Supplici di Euripide
Liceo Cagnazzi di Altamura - Festival del Teatro Classico dei Giovani

Choisir c’est renoncer

J'ai eu le plaisir de discuter avec Saint Epondyle et Jemrys de jeu de rôle, de création et d'écriture, tout ça autour d'un bon plat de pâtes.

Retrouvez la retranscription de la première partie de notre échange ici.

Photo / Misanthropod

Yldiane : la BD dans l'univers des Ombres d'Esteren



Bonjour à tous,

C'est une étape importante et, à titre personnel, un véritable aboutissement. Après bien des recherches, des réflexions, notre premier projet de bande dessinée dans l'univers des Ombres d'Esteren démarre ! Un grand merci à nos souscripteurs de Dearg qui ont permis de rassembler le financement nécessaire.

Le premier opus sera un épisode court de 16 pages, avec un début et une fin, une sorte de BD reprenant le format des nouvelles littéraires. Nous suivrons les pas d'Yldiane, de retour à Melwan après plusieurs années d'un voyage initiatique dans toute la Péninsule...

Nous avons le grand plaisir de travailler avec Emmanuel Roudier sur ce projet, un scénariste et dessinateur de talent que vous connaissez sans doute pour son travail sur le jeu de rôle Würm. Tout a commencé il y a plusieurs années à l'occasion d'un diner... et aujourd'hui, nous voilà sur ce projet ! Emmanuel va réaliser les dessins et les couleurs ; je serais co-scénariste à ses côtés.

Entrons dans le vif du sujet avec ce step by step de la première planche !





Focus & arcs narratifs : un aparté dans la cuisine

La campagne Dearg introduit plusieurs règles additionnelles dont le système des arcs narratifs et des focus. Si ces éléments font de Dearg une campagne assez unique en son genre, ils peuvent aussi déstabiliser les joueurs. Avant d'aller plus loin avec mon affaire de cuisine, voici un petit rappel à leur propos : 

- Arc narratif. Un arc narratif désigne une histoire qui va concerner un personnage en particulier, tout en s’articulant avec l’intrigue générale. Dearg explore quatre arcs narratifs. L’un d’eux incarne l’une des thématiques majeures de la campagne : l’amour. D’autres campagnes pourront explorer d’autres arcs, pour au final créer une véritable saga.

- Focus. La campagne Dearg introduit un nouveau type de scénario : les focus. Quand bien même les PJ sont engagés dans une quête commune, chaque membre du groupe possède sa propre histoire et ses propres motivations. Les focus vont être l’occasion d’explorer cette intimité. Ces scénarios particuliers proposent des règles du jeu différentes : un seul joueur va incarner son Personnage ; les autres joueurs interpréteront des personnalités importantes de la vie de ce PJ et assisteront le meneur dans sa tâche.

Pour la réimpression de l'épisode 1 de Dearg, actuellement en rupture, j'ai rédigé un petit encart qui raconte la naissance de ce système. Le voici :

Par convention, le jeu de rôle sur table met en scène les actions du groupe de PJ : on ne décrit que très peu les moments où un PJ est sans ses compagnons. De son côté, le meneur est seul : s’il devait s’occuper de chaque joueur à tour de rôle, les autres s’ennuieraient et l’histoire n’avancerait pas. Par conséquent, la partie se concentre sur la résolution d’un scénario où tous les PJ sont impliqués en même temps et laisse de côté les histoires personnelles de chaque PJ. Il existe pourtant un phénomène assez répandu chez les rôlistes : la rédaction d’un historique fouillé, détaillant l’histoire du PJ, ses rêves, ses ambitions, ses blessures, etc. Et la tentation légitime de voir cet historique se déployer pendant le jeu.

Parfois, au cours d’une partie, un joueur va demander au meneur un aparté afin de lui expliquer les actions spécifiques de son Personnage ou pour développer son histoire - qui n’a parfois strictement rien à voir avec le scénario en cours. Quel meneur n’a pas connu ce moment ? Le meneur s’isole avec le joueur dans une autre pièce pour gérer cette requête. Tous les deux ont conscience qu’il ne faudra pas trop traîner… les autres joueurs attendent. Dans ces moments particuliers, le joueur peut se montrer passionné : après tout, l’attention se porte sur son PJ et peut-être sur l’histoire qu’il a imaginée pour lui. N’est-ce pas légitime que cela puisse l’intéresser au moins autant que le scénario en cours et avec lequel il n’a peut-être aucun lien ? Hélas, le style de jeu classique n’est pas adapté à la mise en scène de ces moments qui sont souvent abrégés et traités à la va-vite, quand ils ne sont pas totalement exclus du jeu.

Ces expériences ont été à l’origine de la conception du système des arcs narratifs et des focus. L’idée est simple : et si ce qu’il se passait pendant cet aparté dans la pièce d’à-côté devenait le centre d’attention d’une séance entière? Le joueur concerné aurait tout le loisir de développer une histoire qui lui est chère, dans de bonnes conditions, sans avoir l’impression d’ennuyer ses camarades ; les autres joueurs pourront quant à eux expérimenter un style de jeu différent, à mi-chemin entre le théâtre d’improvisation et le rôle de meneur de jeu. La focale se déplacerait pendant un moment du groupe vers l’un de ses membres afin d’explorer plus avant son monde intérieur et son histoire personnelle.






Blasons et dévises de Tri-Kazel


Dans le cadre de notre projet sur les cartographies de Tri-Kazel, nous avons travaillé sur les héraldiques de chaque cité. Ci-dessus, vous pouvez voir le blason de la cité sigire Expiation. Le supplément en question inclut cinq tirages d'art, représentant chacun l'un des blasons des cinq villes cartographiées.

En plus des blasons, il a fallu travailler sur les devises et la calligraphie. Comme tant d'autres choses pour les Ombres d'Esteren, le travail débute par de la documentation. Pour les devises, une petite recherche sur wikipédia a été une bonne base et une intéressante source d'inspiration. Au niveau graphique, cette source a été utilisée par l'illustrateur Gawain :



Une fois les devises imaginées, j'ai pris le parti de les traduire en utilisant des dictionnaires gaéliques. Il n'y a pas eu la prétention de produire une traduction fidèle mais plutôt de piocher dans ces magnifiques langues pour aller retrouver la teinte typique de Tri-Kazel. En plus des devises, Gawain a fait un travail de calligraphie remarquable pour chaque nom de ville. Voilà le résultat :



Voici la version française de chaque devise et leur traduction :
  • ARD-AMRACH : Dia Anacail Deagh-Iomchar (L’Unique protège les justes)
  • TULG-NAOMH : Roimh is Loch, Chan Eagal Dha (Ne craindre ni la terre ni la mer)
  • BALD-RUOCH : Neart is Dìleas (Force et Loyauté)
  • OSTA-BAILLE : Smior Seòlach Dhìlse Ir (Le courage guide mes pas)
  • EXPIATION : Dia Sìorraidh Soillse (La lumière de l’Unique demeure)

Pour finir, voici les quatre autres blasons. Saurez-vous associer chaque blason à sa cité et sa devise ?





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Pour en savoir plus...

Un article complet sur le supplément Cartographie de Tri-Kazel
Commandez Cartographie de Tri-Kazel en ligne

Concevoir une série de livres et définir une date de sortie

Solaris est l’un de nos souscripteurs sur la campagne Dearg. Voici un extrait de son dernier message :

"Bonjour
Sans vouloir polémiquer, le maximum aurait été de se concentrer sur Dearg avant d'attaquer d'autres projets afin de clore ce "malheureux chapitre".
Bien sûr, la qualité sera au RV et vous êtes des passionnés, mais ça n'excuse pas tout. Des gens ont cru en vous et demande en contrepartie votre "rigueur". [...]
"

Son intervention me donne l’impulsion pour mettre en ligne un petit article à propos de la conception d’une gamme de jeu de rôle et la question du calendrier. Je le ferais sous forme de lettre ouverte :

- - - - - - - - - - - - - - -

Cher Solaris,

Tout d’abord, merci pour ton message. Les quelques points d'expérience acquis au travers du projet Esteren - parfois dans la douleur - m'ont permis d'affiner ma perception des enjeux que je crois déceler dans ton message. Je vais essayer de partager avec toi ce retour d’expérience.

On pourrait penser qu’une gamme de livres de jeux de rôle se crée ouvrage après ouvrage, l’un après l’autre : un livre est terminé ; il va chez l’imprimeur. Puis l’équipe se met à travailler sur le suivant. Etc. Dans cette optique, en commencer un nouveau alors qu’un précédent n’est pas terminé et a été promis – et payé par les lecteurs via le financement participatif – apparaît inexcusable. Mais les choses ne se passent pas comme cela. Une image devrait rapidement te faire comprendre notre expérience de la chose. C'est la meilleure façon que j'ai trouvé de te transmettre mon expérience. Elle ne concerne que nous et révèle sans doute nos faiblesses mais elle a au moins le mérite de bien résumer la situation :
Comme tu peux le vois, plusieurs chantiers évoluent simultanément. Chaque projet part d'un même point mais prend des directions différentes. Imagine juste que ce graphique ne représente qu'une seule partie des projets concernés par la gamme des Ombres d'Esteren. La création a moins la forme d’une ligne que d’une étoile dont les branches vont parfois se rejoindre à la manière d’une toile d’araignée. Dans notre cas, on pourra même dire que la toile d'araignée a une forme très étrange ! Les choses se compliquent encore quand on pense que l’avancement d’un livre peut mettre en cause une autre création antérieure qui devra être mise à jour. Tel livre interagit avec un autre et le transforme. Ce phénomène est accentué alors même que plusieurs auteurs travaillent en même temps. Au final, on ne sait pas quand un projet va arriver à terme.

Ce phénomène a néanmoins un effet positif inattendu : il permet au projet de survivre à « l’incident Dearg ». Si toute l’activité avait dû s’arrêter tant que ce fameux livre n’était pas sorti, le projet Esteren n’existerait plus aujourd’hui. Sans aucun livre arrivant à terme entre 2013 et aujourd’hui, il est clair que le projet serait mort. Que doit-on en penser ?

Évidemment, tout créateur doit prendre ces phénomènes en compte car depuis quelques années, un élément vient de changer la donne : le financement participatif. Il faut bien juger du moment où l’on va demander l’argent à la communauté pour financer un projet. Un temps de création trop long ou le fait que d’autres projets sortent dans l’intervalle peuvent être mal compris. Il ne s'agit pas de choisir cette date comme on pourrait lancer une fléchette quelque part sur cette toile d'araignée...

Enfin, j’aimerais aborder la question de la rigueur. Oui nous sommes des passionnés, et non, ça n’excuse pas tout. Au contraire. Je me suis lourdement trompé sur le calendrier et je m’en excuse encore aujourd’hui. Auprès de toi et auprès de tous nos souscripteurs. Lorsque j’ai décidé d’ajouter un cinquième épisode à ce livre - qui passera de 250 à 350 pages au total et ce qui aggrave d'autant le retard - était-ce une décision motivée par la rigueur ou la passion ? Dans le monde qui est le nôtre, avoir le temps de bien faire les choses est un luxe. Nous le payons au prix fort mais j'ai la conviction que cela paiera sur le long terme. Mais peut-être que je me trompe.

Cela me fait penser à une anecdote : j’ai rencontré récemment le directeur de collection d’une grande maison d’édition. Nous discutions de la question du calendrier. Il m’a expliqué que la date de sortie d’un roman était élaborée quand le manuscrit était terminé et validé. Et certainement pas avant. Hélas, lorsque j'ai estimé la date de sortie du livre Dearg, quand bien même la rédaction était avancées, elle n'était pas terminée. Avec le recul et les quelques expériences traversées, je ne peux qu'interpeller mes confrères auteurs et éditeurs sur le sujet. J’aurais aimé le comprendre plus tôt ! Maintenant, je ne peux qu’espérer que mes lecteurs, dont tu fais – ou faisais partie Solaris – fasse preuve d’une certaine bienveillance à mon égard.

Bien à toi,
Nel

La nécessité des relectures

Lorsque je me déplace en convention, un certain nombre de créateurs en herbe me demandent des conseils sur la manière de gérer les relectures. Je suis en ce moment même en train de valider les maquettes du Manuel de la Lune noire et c’est l’occasion de vous expliquer notre façon de travailler sur la gamme Esteren.

Petit préambule : ce qui suit n’a aucune autre prétention que de décrire notre façon de faire. Nous sommes des autodidactes et notre méthodologie s’est façonnée au fil de notre parcours. À vous de faire le tri dans tout cela.

Au fur et à mesure de l’évolution de la gamme, nous avons mis au point un processus qui se décline en plusieurs étapes :

  • Écriture de la première version du texte. C’est la base. L’auteur va produire son texte.
  • Première phase de relecture de fond. Un ou plusieurs relecteurs vont s’attacher à décortiquer la structure du texte et à mettre en évidence ses faiblesses, contradictions, manques ou excès. Le texte de base va subir des réécritures, qui peuvent parfois être massives. Il peut y avoir trois, quatre jusqu’à dix allers-retours. Chaque aller-retour peut prendre quelques jours… à plusieurs semaines. Les playtests pour les scénarios et règles apportent aussi leur lot de corrections. Lorsque le texte est validé, il part en relecture de forme. Iris et moi nous partageons le travail sur cette première phase.
  • Relecture de forme. La relecture de forme concerne seulement l’orthographe, la grammaire et la syntaxe. Cinq ou six relecteurs différents se succèdent sur chaque texte. J’ai assuré ce travail pendant les premières années du projet ; aujourd’hui, cette phase est orchestrée par Iris. Rendons gloire à notre communauté qui forme le gros des bataillons de nos relecteurs de forme. Vous pouvez lire leur témoignage ici, là ou encore ici.
  • Validation finale. Chaque texte finit par me revenir. Je le relis et je le valide définitivement. Il peut encore connaître des modifications… parfois mineures, parfois plus lourdes.
  • Relecture maquette. Le texte final part en maquette et me revient mis en page. Une nouvelle phase s’ouvre : la relecture sur maquette. Un, deux ou trois relecteurs vont se succéder pour relire les maquettes. Oui, ils trouvent encore des fautes ! Surtout, leur rôle est de débusquer les coquilles (erreurs de mise en page, mauvais titre, oubli d’un renvoi de page, etc.).

Enfin, le fichier final peut être produit et préparé pour l’imprimeur. C’est aussi à ce moment que les PDF sont générés pour nos souscripteurs. Vous pensiez que c’est terminé ? Eh bien non ! Car nous aimons souffrir chez Esteren et nous faisons la traduction nous-même. C’est donc reparti pour un tour :

  • Traduction initiale. Les textes dans leur version définitive sont envoyés au traducteur qui va les traduire. La grande majorité est traduite par Clovis, LE traducteur des Ombres.
  • Relecture. Cinq ou six relecteurs dont la langue natale est l’anglais vont se succéder sur les traductions pour l’arrondir, fluidifier les tournures de phrases, corriger d’éventuelles fautes. Clovis est très bon dans son domaine mais l’anglais n’est pas sa langue natale. Là encore, ce sont des membres de la communauté qui font ce boulot bénévolement. Merci à eux !
  • Relecture maquette. Lorsque les traductions sont validées et la maquette réalisée… c’est reparti pour les relectures maquettes !

Et voilà, après plusieurs mois de labeur, nous avons nos fichiers. Un premier constat s’impose : la relecture prend généralement plus de temps que l’écriture en elle-même ! Il vaut mieux le prendre en compte dès le début du projet avant de faire des plans sur la comète concernant les dates de sortie…

Les bons outils


Nos techniques et les outils utilisés ont évolué au fil du projet. Pour les relectures sur texte, nous avons instauré un système de nomination qui permet de distinguer les versions entre elles. Ma camarade Iris a largement participé à améliorer l’organisation que j’avais initiée.

Le titre d’un fichier commence comme ça :
[OdE_Occ_01-01]Chap_1_Occultisme_en_Tri-Kazel_(Relu_Fond_)_(Relu_Forme_).doc

Et termine comme ça :
[OdE_Occ_03-01]Chap_3_Une_chambre_bien_rangee_(Relu_Fond_K_NINININI)_(Relu_Forme_KNd-I-La-I-F-B-O-I).doc

[OdE_Occ_01-01] indique la gamme (OdE = Esteren), le livre concerné (Occ = Occultisme), son placement dans le chemin de fer (01-01 : troisième chapitre, premier texte), les relectures de fond (Relu Fond) et les relectures de forme (Relu_Forme). Dans la seconde version (qui est d’ailleurs la version définitive pour ce texte), vous constatez qu’il y a eu au total 19 cycles de relecture… ! Là où vous lisez « NINININI », ce sont les allers-retours entre Iris et moi.

Chaque relecteur a donc sa lettre. Cette signalisation est essentielle car sinon, on se retrouve très très vite perdu ! Avec des dizaines et des dizaines de fichiers…

(Pour l’anecdote, en fait, il y a eu sur Occultisme encore d’autres cycles de relectures en amont, mais remontant à avant l’instauration du système des lettres apparaissant dans le titre !)

L’autre outil indispensable est le mode « suivi de modification » que l’on peut activer sur la majorité des traitements de texte. Il permet à votre relecteur de voir les corrections réalisées afin qu’elles puissent être validées ou rejetées. C’est le rôle du coordinateur (Iris ou moi) de valider ou rejeter une correction. Lorsqu’un texte est envoyé à un relecteur, celui-ci va renvoyer son texte annoté au coordinateur, qui va le valider puis l’envoyer à un nouveau relecteur. Et ainsi de suite pour les différents cycles.

Un autre outil très pratique est l’annotation des maquettes sur un logiciel comme Acrobat. Ca donne ça :



Du coup, la maquettiste repère tout de suite la correction à faire. Au début du projet, on notait tout à la main sur des traitements de texte… l’enfer. En gros, ça donnait ça :



Toutes les corrections maquettes sur le Livre 1 Univers ont été réalisées comme ça (gloups). Pendant un temps, on a aussi imprimé les maquettes pour les annoter. En fait, c’est une bonne technique, rien ne remplace la relecture sur une épreuve imprimée. Pour l’instant, nous privilégions la relecture avec annotation sur logiciel type Acrobat, plus adaptée au travail à distance.

Le dernier outil mis en service, c’est Redmine. Il s’agit d’un logiciel de gestion de projet. Très utile, très performant : une sorte de révolution pour nous. Sur ce sujet, je laisse la parole à Iris qui maîtrise bien mieux que moi la bête. Je m’adapte peu à peu mais je continue à gérer pas mal de choses avec mon tableau de bord Excel…

Pourquoi tant de monde ?


Sur certains textes, il y a une dizaine de relecteurs qui vont se succéder. Cela peut paraître beaucoup mais ça ne l’est pas. L’une des raisons principales étant qu’un unique relecteur ne verra pas tout. De plus, il faut prendre en compte un aspect physiologique : il ne sert strictement à rien de relire plusieurs fois un même texte. Notre cerveau s’adapte très vite et corrige lui-même les erreurs. Vous ne verrez l’énorme faute que plusieurs mois après, quand vous aurez oublié le texte… dans le livre imprimé bien sûr !

Une équipe de cinq relecteurs est à mon sens un minimum.

En conclusion


Depuis la naissance du projet, j’ai pu suivre la naissance d’une dizaine de livres. Un constat s’impose : les phases de relectures sont nombreuses, fastidieuses mais elles sont essentielles. Elles prennent beaucoup de temps et vous pourriez être tentés de faire l’impasse sur un ou plusieurs cycles de relecture, voire sur des pans entiers (comme la relecture maquette). Vous prenez un très gros risque…

Plus j’avance dans ce projet, plus ce constat s’affirme. Certains demandent : l’effort consenti est-il à la hauteur du gain de qualité ? Des mois de « perdu » ? Après tout, les quelques coquilles, bug dans les scénarios ou une règle mal calibrée… tout cela a-t-il vraiment tant d’importance ? Oui ! Réaliser un livre peut facilement prendre plusieurs années. Trop d’erreurs – les fameuses coquilles – et c’est l’ensemble de votre travail qui en souffrira.

Il n’y a pas de mystère, personne ne sort un texte parfait d’une seule traite. Les relectures font partie du processus d’écriture – et de réécriture. Elles prennent du temps et il est sage d’en tenir compte lorsque l’on essaye d’établir un planning.

Écrire la fin d’une histoire - Partie 2

Précédemment, je vous ai présenté le système des modules. Ils seront à la base de la construction de la fin de la campagne Dearg

Le plus grand défi va être de créer des textes suffisamment didactiques pour que chaque meneur puisse les prendre en main et les utiliser facilement.

Aujourd'hui, je partage avec vous la première version d'une petite lettre ouverte à l'intention des meneurs qui ouvrira l'ultime chapitre de l'épisode 5 de Dearg.

Je n’en sais rien,  je n’étais pas là pour voir

 

Un jour, mon ami et éditeur Valentin me demanda : « alors, c’est quoi la fin de Dearg ? » et la seule chose qui me vint fut : « je n’en sais rien,  je n’étais pas là pour voir ». Vieux réflexe de rôliste : tant que la partie n’avait pas été jouée, la fin de l’histoire restait incertaine.

J’ai longtemps hésité sur la manière de vous présenter la fin de Dearg : devais-je vous laisser construire votre propre épilogue ? Vous aider à mettre en scène celui que j’avais imaginé ? Le jeu de rôle sur table est un média donnant une place spécifique au temps du jeu. Chaque partie n’est pas une représentation, dans le sens d’une nouvelle présentation de la même histoire – c’est une création. Le meneur et ses joueurs vont créer quelque chose d’unique. C’est la raison pour laquelle je vous invite à décider de l’issue de votre histoire.

Pour les plus novices d’entre vous : n’ayez pas peur, vous pouvez le faire. Avant d’en arriver là, vous avez joué et mis en scène de nombreux scénarios : vous êtes prêt. Laissez-vous guider par votre intuition et par les initiatives de vos joueurs : les modules de ce dernier chapitre vous donnent des points de départ à partir desquels vous allez pouvoir tracer les lignes de fuite de votre propre histoire. Mes premiers livres de jeux de rôle m’ont donné le goût de l’écriture et de l'illustration. En vous incitant à décider de la fin de cette histoire, j’espère participer à vous transmettre ce désir pour la création.

Pour les meneurs les plus expérimentés, j’espère que ces modules seront des outils efficaces pour vous aider à mettre en scène une fin de campagne mémorable.

Des meneurs m’ont parfois interrogé sur la fin de Dearg telle que je l’avais imaginé. Ils voulaient connaître ma vision des choses. Cette version n’a pas sa place dans ce livre : comme auteur, mon travail est de vous donner tous les outils pour créer votre fin. La seule qui a de l’importance est celle que vous allez créer. En revanche, comme meneur, je serais ravi d’en discuter avec vous autour d’un verre.


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Crédits photo : Charles SEGUY photography