Pendant tout l'hiver, quoi de mieux que le feuilleton d'une petite
nouvelle horrifique pour animer vos soirées auprès du feu ?
Chaque vendredi, à 21 heures, nous vous proposerons un nouvel épisode de la nouvelle "Une Raison d'agir" écrite par Iris, l'une des auteurs des Ombres d'Esteren. Cette nouvelle sera publiée dans un recueil nommé Hantises, à paraître en 2014. Vous retrouverez plus d'informations sur cette future publication ici.
Vous pouvez retrouver les épisodes précédents :
Dans l'épisode précédent ...:
Je
gardais la tête basse à examiner les pièces et les bijoux tandis qu’il
mangeait et buvait à côté de moi. Il me paraissait immense, cette armure
lui donnait l’air d’un géant alors même qu’il se déplaçait presque
normalement avec elle.
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Une Raison d'agir - épisode 6
« Tu as trouvé ce trésor et ton armure au même endroit ?
- En effet.
- Où était-ce ?
- Dans les Mòr Roimh, en Gwidre, près du Pic Ordachaï, dans l’antique cité de Gwaird.
- Gwaird ? Cette ville troglodyte qui se serait coupée du monde durant l’Aergewin en fermant ses portes et où tous seraient morts de faim ?
- Beaucoup périrent du fait de feondas qui jaillirent des profondeurs des mines. La faim n’emporta que ceux qui s’enfermèrent à l’intérieur du dernier bastion.
- Tu y es allé seul ?
- Non.
- Tes compagnons ont donc aussi un trésor comme celui-ci ?
- Non.
- Ils n’ont pas voulu leur part ?
- Ils sont morts. »
Voilà ce qui arrive quand on pose trop de questions : on apprend des vérités qu’on préférerait parfois ignorer. À ce moment je ne voulais pas savoir si Cethern les avait tués pour garder l’intégralité du trésor. J’appréhendais de découvrir comment il connaissait les détails de la chute de Gwaird. Jamais le Cethern que j’avais connu n’aurait pu retrouver une ancienne cité tout seul. Il avait dû s’appuyer sur l’aide d’experts. Cela ne s’improvisait pas. Ils avaient dû longuement explorer la région et les sous-sols. Ils étaient tous morts.
J’étais partagée entre l’effroi et une pensée froide qui continuait d’analyser et de juxtaposer les éléments. Je me tenais près du feu, aux pieds de mon époux qui portait cette armure de l’ancien temps et dînait tout naturellement tandis qu’il pleuvait toujours dehors. Calmement et en silence, je m’efforçais de peser ce qui était en ma faveur et ce qui me desservait. La situation n’était pas bonne.
« Depuis combien de temps sommes-nous mariés ?
- Cela remonte à la fin de l’été dernier, et nous sommes à présent au début du printemps, même s’il tarde à venir en ces régions…
- Presque un an. Et j’ai abandonné ma jolie mariée seule ici…
- Tu voulais restaurer ce château pour que nous puissions y vivre décemment.
- Le temps a dû te paraître bien long à dormir seule. Heureusement que je suis revenu. »
Du coin des yeux je voyais qu’il avait fini de manger. Il avait encore bu du vin et s’était tourné vers moi. Je comprenais plus ou moins qu’il était question de me violer pour son dessert. Pourquoi le voyais-je comme un viol ? De mon point de vue, nous avions un mariage de raison… Mais quand je le voyais dans cette armure qui avait dû être portée jusqu’à la fin de Gwaird par un de ses héros mort dans des circonstances abominables, avec un ton presque métallique d’automate de chair, tout mon être se révulsait. La seule perspective d’un contact intime avec une chose animée aussi roide et rude me donnait une sorte de nausée glacée.
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Rendez-vous vendredi prochain à 21 heures !
Pendant tout l'hiver, quoi de mieux que le feuilleton d'une petite
nouvelle horrifique pour animer vos soirées auprès du feu ?
Chaque vendredi, à 21 heures, nous vous proposerons un nouvel épisode de la nouvelle "Une Raison d'agir" écrite par Iris, l'une des auteurs des Ombres d'Esteren. Cette nouvelle sera publiée dans un recueil nommé Hantises, à paraître en 2014. Vous retrouverez plus d'informations sur cette future publication ici.
Vous pouvez retrouver les épisodes précédents :
Dans l'épisode précédent ...:
Ce fut alors qu’on frappa à la porte. Ce n’était jamais arrivé, j’en
restai stupéfaite. On insista. L’orage roulait, assourdissant. Qui ? Un
villageois ? Pourquoi si tard ? Un varigal surpris par le mauvais temps ?
Alors que je me résolus enfin à aller voir, mon visiteur commença à
secouer la poignée de la porte qui fermait mal, comme tout le reste, et
l’ouvrit d’un coup. Je vis une silhouette massive, noire, se découper
dans la brève lueur des éclairs tandis que la pluie s’était mise à
tomber à verse.
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Une Raison d'agir - épisode 5
Il entra d’un pas lourd, avec une armure ancienne dont je m’étonnais même qu’il pût la porter, et ôta son casque.
Cethern ? C’était bien son visage, ses traits, mais son expression était dure et comme absente. Je crus un instant me tromper, qu’il s’agissait d’un inconnu tant il paraissait fatigué et songeur. Quel guerrier porterait un tel équipement ici, dans une région si isolée que même les brigands la désertaient ?
À présent qu’il s’approchait de la lumière du feu, je devinais des motifs sur l’armure qui étaient proches de certaines gravures que j’avais vues autrefois dans un livre. Je ne me rappelais pas exactement de quoi il s’agissait, mais j’en conçus un profond malaise. Quelque chose en moi me disait de fuir sur le champ la noirceur que je pressentais. Pourtant, c’était Cethern, même si peu avant je songeais à le quitter en abandonnant ce foyer en ruine… J’étais perdue, et comme souvent, j’avais du mal à chercher mes pensées et mes mots en même temps. Soudain, je sursautai à sa question :
« Eh bien femme, est-ce ainsi que tu accueilles ton époux ?
- Pardon. Souhaites-tu dîner ?
- Pourquoi pas.
- Je te prépare tout. Peut-être veux-tu que je t’aide à ôter ton armure ?
- Non.
- As-tu fais bon voyage ? Tu cherchais des fonds pour restaurer les Hauts-Vents ?
- J’ai ce qu’il faut.
- Vraiment ?
- Tu en doutes ? Attends. »
Ma voix était bien peu assurée et je m’inquiétais de chaque détail. Qui refuserait d’ôter une armure aussi monstrueuse alors qu’il était trempé ? Il ressortit et revint avec un coffre métallique d’un genre et d’un revêtement que j’estimai semblables à ceux de l’armure. Le tout me paraissait d’un poids considérable. Il le déposa non loin de la cheminée, éclairé d’une clarté rougeâtre et agitée, presque vivante.
« Ouvre. » Je m’exécutai. Le mécanisme était usé par les années et grippé, je dus forcer un peu… Et découvris brutalement l’éclat de richesses à la mesure des plus folles espérances de Cethern. Or, pièces, pierreries et joyaux d’ambre et d’émeraude ! Avec une telle somme, les Hauts-Vents pourraient non seulement être restaurés, mais devenir une demeure riche et agréable. J’étais partagée entre l’éblouissement et une sourde inquiétude qui ne me quittait plus. Je n’arrivais pas à regarder Cethern dans les yeux. Il y avait quelque chose dans son expression qui me mettait très mal à l’aise, comme s’il m’évaluait et se moquait. Je gardais la tête basse à examiner les pièces et les bijoux tandis qu’il mangeait et buvait à côté de moi. Il me paraissait immense, cette armure lui donnait l’air d’un géant alors même qu’il se déplaçait presque normalement avec elle.
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Rendez-vous vendredi prochain à 21 heures !
Pendant tout l'hiver, quoi de mieux que le feuilleton d'une petite
nouvelle horrifique pour animer vos soirées auprès du feu ?
Chaque vendredi, à 21 heures, nous vous proposerons un nouvel épisode de la nouvelle "Une Raison d'agir" écrite par Iris, l'une des auteurs des Ombres d'Esteren. Cette nouvelle sera publiée dans un recueil nommé Hantises, à paraître en 2014. Vous retrouverez plus d'informations sur cette future publication ici.
Dans l'épisode précédent ...:
Les
semaines se déroulèrent dans l’ennui et le silence. L’hiver vint, et la
neige me parut une prison blanche, une vision de mort, morne et
désespérante. Je me sentais prise au piège, presque emmurée, enterrée
vivante. Dans cette prison où seule ma docilité m’avait enfermée, je
passais de longues heures à étudier mes quelques livres. Sans la moindre
distraction autre que le vol de mon ami le vautour qui planait souvent
au-dessus des Hauts-Vents, j’avais le temps de chercher à résoudre les
énigmes du langage occulte que je découvrais et apprenais péniblement.
Les mystères de ce monde libéraient mon esprit. Chercher à comprendre
l’étrange occupait mes pensées et m’évitait de trop m’apitoyer sur mon
sort.
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Une Raison d'agir - épisode 4
Passé le solstice, les jours rallongèrent, et un varigal m’apporta la troisième lettre de Cethern. Il restait évasif sur ce qu’il avait entrepris mais semblait confiant, cela ne durerait plus très longtemps.
À la fin de l’hiver, la neige fondit sans que le début du printemps me parût apporter le moindre espoir de renouveau et de bonheur. Il me semblait que nous étions de nouveau en automne.
…
L’horizon était chargé de nuages noirs et le vent froid soufflait avec force, s’insinuant partout, sinistre messager sifflant. Dans la cuisine qui était devenue pratiquement tout mon univers, j’avais placé un vieux tapis enroulé contre le bas de la porte et j’avais cloué tant bien que mal un bout de toile cirée à la place d’un carreau brisé. Ce n’était pas la première tempête que j’affrontais dans ces montagnes. Le manoir des Hauts-Vents portait bien son nom.
Ce soir là, je m’interrogeais encore sur ce que je devais faire. Trop longtemps j’avais pris l’habitude d’obéir docilement sans poser de question et en faisant confiance à d’autres pour choisir ce qui était le mieux pour moi. Cependant il était patent que je ne pouvais plus continuer comme cela. Je n’allais plus rester ici abandonnée à me morfondre et mourir d’ennui. Même si je n’avais rien, je pouvais toujours marcher jusqu’à la capitale et trouver n’importe quel emploi de lettrée, scribe, copiste ou enseignante. Tout valait mieux que de me perdre là.
Le tonnerre roulait, assourdissant. Je restais près de mon feu à attendre en rêvant devant les flammes qui dansaient et crépitaient. Cette chaleur joyeuse et rougeoyante était toujours un réconfort durant les longues nuits. Au pire de l’hiver j’avais fini par dormir ici, à même le sol, blottie dans mes couvertures, me faisant l’effet d’une mendiante. Demain… Demain je ferais mes bagages. La perspective de traverser ces régions seule ne me mettait pas à l’aise, mais j’étais prise au piège, et plus j’attendais, plus il me serait difficile d’agir. Ce fut alors qu’on frappa à la porte. Ce n’était jamais arrivé, j’en restai stupéfaite. On insista. L’orage roulait, assourdissant. Qui ? Un villageois ? Pourquoi si tard ? Un varigal surpris par le mauvais temps ? Alors que je me résolus enfin à aller voir, mon visiteur commença à secouer la poignée de la porte qui fermait mal, comme tout le reste, et l’ouvrit d’un coup. Je vis une silhouette massive, noire, se découper dans la brève lueur des éclairs tandis que la pluie s’était mise à tomber à verse.
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Rendez-vous vendredi prochain à 21 heures !
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